Entretien avec Brenda Milner, 91 ans, pionnière de la neuropsychologie

Lisa-Marie Gervais, journaliste au Devoir, s'est entretenue avec Mme Brenda Milner, toujours active à 91 ans comme chercheuse en neuropsychologie à l'Institut neurologique de l'Université McGill (Montréal).

Chercheuse de réputation internationale et pionnière dans le domaine de la neuropsychologie et de la psychologie cognitive, Mme Miller a reçu une vingtaine de doctorats honorifiques, une dizaine de reconnaissances nationales et internationales, et, en juin dernier, a été nommée grande officière de l'Ordre du Québec.
«C'est curieux, je voyage de plus en plus pour recevoir des prix, mais je suis aussi invitée à parler de l'histoire de la neuropsychologie, qui correspond à celle de ma vie ici au Québec», explique-t-elle. «L'Internet, c'est magnifique dans la largeur, on peut y trouver beaucoup de choses, mais peu dans la profondeur du passé. Les nouveaux ne savent pas vraiment ce qui se passait avant, et c'est pour ça qu'on m'invite. Je suis la protagoniste de cette histoire. C'est un privilège de survivre.»

Brenda Milner a commencé son doctorat en psychophysiologie à l'Université McGill en 1944 aux côtés du professeur Donald Hebb. Avec lui, elle a pu mener des recherches cliniques, avec des patients atteints d'épilepsie à qui on avait enlevé une partie du cerveau. «Il n'y avait pas du tout d'images du cerveau d'un individu vivant. Il y avait des rayons X, on voyait la structure des ventricules et la forme du crâne, mais on ne voyait rien en détail», rappelle-t-elle.

Ses travaux l'ont notamment menée à démontrer l'importance de l'hippocampe pour la mémorisation des faits nouveaux. D'autres études comparatives entre l'homme et le singe lui ont font faire d'importances découvertes sur les lobes frontaux. «J'ai eu du mal à publier cette étude, car tout le monde disait que j'exagérais. Mais ça a eu une énorme influence et aujourd'hui, tout le monde parle de la fonction exécutive au lobe frontal», note la professeure de psychologie.

Brenda Milner a à peine ralenti le rythme. «Je veux rester au fait des développements de mon champ. Comment se tenir au courant si on reste à part?», «Il y a quelque chose de plus profond. L'idée que le monde nous oublie. Je sais que ça va tous nous arriver, mais j'aimerais retarder ce moment», ajoute-t-elle.

Lire l'article du Devoir pour un compte-rendu plus détaillé de cet entretien dans lequel Mme Milner parle de sa vie et de sa trajectoire de chercheuse.