Quelle est la nature du trouble déficit de l'attention/hyperactivité ? PsychoMédia
- Publié le 04 novembre 2001
Le trouble déficitaire de l'attention et hyperactivité (TDAH) implique deux types de symptômes, l'inattention et les
comportements hyperactifs et impulsifs. Pour connaître les critères
diagnoastiques du TDAH, voyez: "Qu'est-ce que le trouble
déficit de l'attention et/ou hyperactivité?"
Selon Russell A. Barkley, la compréhension de ce trouble a beaucoup changé ces
dernières années. Les spécialistes découvrent que DAH n'est pas un
trouble de l'attention en soi comme ils l'ont longtemps cru mais plutôt
un problème du développement des régions du cerveau qui
sous-tendent l'inhibition et le contrôle de soi. Ce manque de contrôle
affecte des fonctions importantes pour maintenir l'attention, incluant
la capacité de retarder la satisfaction immédiate pour de meilleurs
gains plus tard.
Les recherches de la dernière décade utilisant les nouvelles techniques
d'imagerie montrent que le cortex préfrontal droit et au moins deux des
ensembles de cellules nerveuses situées plus profondément dans le
cerveau qui constituent les "basal ganglia" sont plus petits chez les
enfants souffrant de DAH. Ces découvertes sont consistantes par rapport aux
symptômes observés car ces régions sont précisément celles qui sont
impliquées dans la régulation de l'attention. Le cortex préfrontal, par
exemple, est impliqué dans "l'édition" du comportement, la résistance
aux distractions et le développement de la conscience du temps et de
soi. Les structures en cause des "basal ganglia" aident à passer de
réponses automatiques à des réponses plus délibérées orchestrées par le
cortex et à coordonner les inputs neurologiques des différentes régions
du cortex. Certaines recherches suggèrent aussi l'implication d'une
région ("the vermis region") jouant un rôle dans la régulation de la
motivation. Selon les recherches, 80% des
cas de DAH auraient une origine génétique et que les gènes impliqués
seraient possiblement ceux qui agissent sur la dopamine, un
neurotransmetteur très actif dans le cortex préfrontal et les "basal
ganglia". La Ritaline ou Ritalin, efficace dans 70% à 90% des cas pour atténuer les
symptômes du DAH, agit sur le transport et la capture de la dopamine.
Le contrôle de soi, c'est-à-dire la capacité d'inhiber ou retarder sa
réponse motrice (et peut-être émotionnelle) initiale à un événement
constitue une base nécessaire pour la performance de toute tâche. En
grandissant, les enfants développent la capacité de s'engager dans des
activités mentales, appelées les fonctions exécutives, qui les aident à
écarter les distractions, à se rappeler leurs buts et à franchir les
étapes nécessaires pour les atteindre. Par exemples, pour atteindre un
but au travail ou au jeu, il faut se rappeler le but, anticiper les
étapes pour réaliser ce but, garder les émotions modérées et se motiver.
Si une personne ne peut inhiber les pensées et impulsions qui
interfèrent, aucune de ces fonctions ne peut être exécutée avec succès.
Dans les premières années, les fonctions exécutives sont souvent
effectuées de façon externe: les enfants se parlent tout haut en se
rappelant une tâche ou en se questionnant. À mesure qu'ils prennent de
la maturité, ils internalisent ces fonctions de telle sorte que nous ne
pouvons connaître leurs pensées. Les enfants avec un DAH semblent
développer plus tardivement le contrôle nécessaire pour inhiber la
performance publique de ces fonctions exécutives.
Les fonctions exécutives peuvent être groupées en quatre activités mentales:
- La mémoire de travail: Elle consiste à maintenir les informations
nécessaires à l'esprit pendant l'exécution d'une tâche. Elle permet de
se rappeler le but, d'anticiper les étapes pour l'atteindre et d'imiter
les comportements complexes et nouveaux des autres. Toutes ces habiletés
sont déficientes chez les gens souffrant de DAH.
- L'internalisation du langage dirigé vers soi-même: Avant l'âge de six
ans, la plupart des enfants se parlent tout haut à eux-mêmes, se
rappelant comment exécuter une tâche ou résolvant un problème ("Où ai-je
mis ce livre?"). À l'école primaire, ce langage évolue pour devenir un
marmonnement inaudible qui disparaît habituellement vers dix ans. Le
langage interne qui s'adresse à soi-même permet de se faire des
réflexions, de suivre les règles et les instructions, de se questionner
afin de résoudre des problèmes et de se construire des métarègles (des
règles pour utiliser les règles). Une recherche montre que
l'internalisation du langage dirigé vers soi est retardé chez les
garçons souffrant de DAH.
- Le contrôle des émotions, de la motivation et de l'état d'activation:
Ce contrôle aide à atteindre des buts en permettant de retarder ou
d'altérer des réactions émotionnelles potentiellement distrayantes à un
événement particulier et à générer des émotions et une motivation
privées. La capacité de modérer les réactions immédiates permet des
comportements plus acceptables socialement.
- La reconstitution: Elle consiste à décomposer les comportements
observés en petites unités et à les combiner en nouvelles actions non
apprises antérieurement. Cette capacité permet la fluidité, la
flexibilité et la créativité. Elle permet aux enfants, à mesure qu'ils
gagnent de la maturité, de diriger leurs comportements sur des
intervalles plus longs en combinant des chaînes plus longues de
comportements. Certaines études mettent en évidence que les enfants
souffrant de DAH sont moins capables de reconstitution que les autres.
L'auteur suggère que, comme le langage dirigé vers soi-même, les trois
autres fonctions exécutives deviennent internalisées durant le
développement neurologique typique de l'enfance et que les enfants
souffrant de DAH n'ont pas atteint cette habileté et manifestent ainsi
trop de comportements et de langage externe. Il croit que l'inattention,
l'hyperactivité et l'impulsivité sont causés par leur difficulté à être
guidés par des instructions internes et par leur inhabileté à refréner
leurs comportements inappropriés.
Si le DAH est une difficulté de l'inhibition comportementale qui retarde
la capacité de privatiser et d'exécuter les quatre functions exécutives,
un environnement structuré pourrait constituer un complément important à
un traitement médicamenteux. Les enfants pourraient être aidés par
l'utilisation de méthodes qui compensent pour la faiblesse des formes
internes d'informations, de règles et de motivation: par exemples, leur
fournir des conséquences à leurs actions plus fréquentes et immédiates,
augmenter le nombre de directives et d'indices sur les règles et les
intervalles de temps, anticiper les événements pour eux, décomposer les
futures tâches en plus petites étapes et utiliser des récompenses
immédiates artificielles.