Le processus suicidaire chez l'adolescent PsychoMédia
- Publié le 11 février 2006
Le suicide à l'adolescence
Ghislaine Bouchard,
M.Ps. Psychologue
3e partie: LE PROCESSUS SUICIDAIRE CHEZ L'ADOLESCENT
Le processus suicidaire est la
période qui sépare le moment où la crise survient et le
passage à l’acte. À l’adolescence, cet intervalle
peut être très court.
La recherche de solution :
Cette étape est normale dans un processus de crise. Pour
résoudre le problème, la personne fait un inventaire des
solutions possibles. Chacune des solutions fait l’objet
d’une évaluation pour juger de sa possibilité à
apporter un changement et de son efficacité pour réduire la
douleur. Certaines personnes possèdent un vaste éventail de
solutions et peuvent identifier des stratégies pour
résoudre rapidement la crise. Pour d’autres,
l’éventail des solutions est restreint ou diminue parce
que les solutions ne répondent pas aux besoins présents. À
ce stade, l’idée du suicide n’a pas encore été
envisagée ou très peu.
L’idéation
suicidaire :
Dans la recherche de solution, une
image soudaine, brève et passagère de la mort peut
apparaître parmi les solutions possibles. Les solutions qui
sont inefficaces à réduire l’intensité de la crise
sont rejetées. L’idée du suicide apparaît plus
fréquemment et est considérée de plus en plus
sérieusement, la personne s’y attarde plus longuement,
élabore davantage les scénarios possibles.
La rumination :
L’inconfort devient de plus en plus difficile à
supporter et le désir d’y échapper s’intensifie.
L’incapacité à résoudre la crise et le sentiment
d’avoir épuisé les possibilités de solutions
provoquent une grande angoisse. L’idée suicidaire
revient constamment et régulièrement, elle engendre
tourment et angoisse attisant la souffrance et la douleur.
La cristallisation :
La personne est submergée par le désespoir. Le suicide est
considéré comme étant la solution à ses souffrances.
Parvenu à ce stade il y a généralement élaboration
d’un plan précis, soit la date, l’heure, le moyen,
le lieu. On peut parfois observer une rémission spontanée
de la crise suicidaire, soudainement il ne semble plus y
avoir de problème. L’adolescent peut se sentir soulagé
et donner des signes de mieux-être quand le suicide
représente la solution définitive, car il possède
maintenant un moyen accessible de mettre fin à ses
souffrances. Parvenu à cette étape du processus suicidaire,
une coupure émotive des autres et un sentiment
d’isolement sont souvent présents. Le suicide
représente l’ultime tentative de reprendre le
contrôle. Un événement précipitant survient, un problème
s’ajoute et peut amener le passage à l’acte.
L’élément
déclencheur :
Parvenu à l’étape de la
cristallisation le passage à l’acte devient imminent.
Un événement précipitant est souvent relié à l’acte
suicidaire. Un problème s’ajoute, dernier d’une
série de pertes significatives.
Il est important de
savoir qu’il n’est jamais trop tard pour
intervenir. L’ambivalence et la peur de passer à
l’acte suicidaire sont présentes jusqu’aux
derniers moments et le processus peut être interrompu en
tout temps.
À l’adolescence, le
processus suicidaire peut-être très court, soit quelques
heures. Psychologiquement, l’adolescent est impulsif,
instable, émotif. Il est constamment en déséquilibre, en
état de conflit. Il agit pour expérimenter avant de
réfléchir. C’est pourquoi la période de
l’adolescence est plus susceptible d’engendrer des
comportements suicidaires.
Le processus est plus rapide
à la deuxième tentative, les messages sont plus voilés et
la méthode utilisée est plus violente.
LES SIGNES PRÉCURSEURS AU
SUICIDE
Le suicide ne se produit pas
sans avertissement. Généralement, les personnes suicidaires
donnent des messages et des indices qui annoncent leurs
intentions pour alerter leur entourage. Ce sont des appels à
l’aide, des restes d’espoir.
Les messages directs
Messages verbaux et
allusions à la mort : " Je serais mieux
mort, cela ne vaut plus la peine, vous ne me verrez
plus longtemps, j’ai peur de me suicider, etc.
Menace de suicide :
" Je vais me tuer, je veux mourir,
etc. "
Comportements
auto-mutilants, dangereux
Les messages indirects
Faire allusion au suicide
de façon indirecte : " Bientôt je
vais avoir la paix, je suis inutile, je le trouve
courageux de s’être suicidé, je vais faire un
long voyage, vous seriez mieux sans moi, faire des
blagues avec le suicide, etc. "
Préparation pour un
départ, arrangements finaux, lettres d’adieu
Dons d’objets ayant
une valeur personnelle importante, de travaux en
rapport avec la mort
Attrait soudain pour les
armes à feu ou produits toxiques
Signes de dépression
Troubles du sommeil
(insomnie/hypersomnie)
Trouble de
l’appétit (anorexie/boulimie)
Manque d’énergie,
fatigue extrême ou agitation extrême à certains
moments
Incapacité à prendre
plaisir à quoi que ce soit
Tristesse, pleurs,
découragement
Indécision
Irritabilité, colère,
rage
Dévalorisation, faible
estime de soi
Anxiété accrue
Isolement physique et
psychologique
Perte d’intérêt et
de plaisir pour des activités
Retrait, recherche de
solitude
Coupure des contacts avec
la famille, les amis, etc.
Mutisme
Repli sur soi, refus de
communiquer
Absence d’émotion
Comportements
Manque d’attention
en classe, mauvaise concentration
Absence inhabituelle aux
cours
Diminution de rendement
scolaire
Arrêt d’accomplir
ses devoirs et ses travaux
Hyperactivité ou
extrême lenteur
Désintérêt général
Attrait et préoccupation
face au sujet de la mort, la réincarnation
Changement dans les
apparences, négligence
Consommation excessive
d’alcool et/ou de drogue et de médicaments