Depuis novembre 2017, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec impose l'utilisation d'un nouveau logiciel lors des évaluations des besoins en soins à domicile.

Pour plusieurs raisons, de nombreux intervenants (travailleurs sociaux, ergothérapeutes...) sont mal à l'aise avec l'utilisation de l’Outil de cheminement clinique informatisé (OCCI), rapporte le journaliste Alexandre Touchette sur le site de Radio-Canada.

Le long questionnaire que comporte ce logiciel empêche notamment, estiment des intervenants, de faire une évaluation clinique avec une attitude de véritable écoute.

L’OCCI compte plus de 50 pages de questions qui prennent de deux à six heures à remplir en entrevue avec les patients, selon les témoignages obtenus par Radio-Canada. Il impose aussi de poser les questions dans un ordre établi et inflexible, ce qui empêche de s'adapter au flux de la conversation.

Dans un sondage sur l’impact de l’OCCI mené auprès de 1000 intervenants sociaux par l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), 56 % des répondants estiment que le fait d'avoir à utiliser ce logiciel altère leur jugement clinique, rapporte le journaliste.

Une autre source de malaise est liée au fait que l'algorithme de l’OCCI génère de lui-même des recommandations de services. La moitié des répondants au sondage de l’APTS estiment que la synthèse produite par le logiciel ne répond pas adéquatement aux besoins des usagers, une situation qui porte atteinte au jugement professionnel des travailleurs sociaux, selon le vice-président de l’APTS, Stéphane Léger.

De croire qu’un algorithme puisse faire un meilleur travail d’évaluation que des professionnels de la santé constitue une dérive, selon le professeur Angelo Soares, du Département d'organisation et de ressources humaines à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, rapporte le journaliste. Il juge que l’utilisation de ce logiciel, présenté comme un outil d’aide à la décision, risque de mener à une simplification et à un appauvrissement des évaluations qui reposent sur des compétences émotionnelles et sociales qui échappent à l’algorithme.

Les délégués de l’APTS ont de leur côté demandé une rencontre avec des hauts fonctionnaires pour leur faire part de leurs inquiétudes.

Plus d'informations dans l'article de Radio-Canada : Les algorithmes provoquent un malaise dans les services sociaux.

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