De plus en plus de voix et d'études émergentes plaident pour une approche axée sur les forces et les aspects positifs dans la compréhension du trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
Afin d'explorer quelles sont ces forces qui peuvent être plus marquées chez les personnes ayant un TDAH, des chercheurs néerlandais se sont basés sur le modèle des 24 forces de caractère du psychologue américain Martin Seligman, un grand classique du courant de la psychologie positive. Leur étude a été prépubliée en avril 2026 sur le site PsyArXiv.
TEST : Pourriez-vous être un(e) adulte ayant un TDAH ?
Biqing C.B.Q. Chi de la Radboud University Nijmegen aux Pays-Bas et ses collègues (1) ont réalisé une revue systématique de la littérature pour identifier les études sur le TDAH et les forces de caractère. Ils ont recensé 59 études, dont 47 quantitatives et 12 qualitatives.
Les forces de caractère
L'analyse a identifié trois forces de caractère qui étaient plus marquées chez les personnes ayant un TDAH dans plusieurs études quantitatives et qualitatives : la curiosité, la créativité et l’enthousiasme. D'autres forces faisant partie de ce modèle des 24 forces de Seligman se sont avérées, comme attendu, plus faibles que dans la population générale.
-
La curiosité
La quasi-totalité des études portant sur le TDAH et la curiosité montrait un développement plus marqué de celle-ci chez les enfants et les adultes, en particulier pour ce qui est de la recherche de nouveauté sur laquelle la plupart des travaux se concentraient.
Le concept de curiosité est cependant plus large et inclut d'autres aspects, soulignent les chercheurs. Par exemple, la force « curiosité » du modèle VIA des 24 forces est décrite comme la recherche de nouveauté et l'ouverture à l'expérience.
Des recherches plus complètes et approfondies pourraient porter sur différents aspects de la curiosité, afin de mieux comprendre les mécanismes qui pourraient expliquer une plus grande curiosité chez les participants ayant un TDAH, soulignent les chercheurs.
-
La créativité
En ce qui concerne la créativité, les résultats sont plus nuancés. Des associations positives ont été observées dans des études menées chez des adultes, mais pas chez les enfants ayant un TDAH.
Dans la plupart des études, les adultes ont notamment obtenu de meilleurs résultats pour la pensée divergente, la flexibilité cognitive, l’originalité, les performances artistiques et la génération de nouvelles idées. Ils étaient également plus enclins à s’écarter des concepts traditionnels.
Il est difficile d’expliquer pourquoi les résultats diffèrent entre les études menées chez les enfants et chez les adultes. L’une des raisons pourrait être que les études chez les enfants n'ont principalement utilisé qu'une seule mesure, tandis que chez les adultes, les mesures étaient plus variées. Une autre explication pourrait être que les adultes ayant un TDAH pourraient être mieux capables de réaliser leur potentiel créatif grâce à l’utilisation de mécanismes compensatoires qu’ils ont développés au cours de leur vie ou en recherchant des environnements mieux adaptés à leur style cognitif.
-
L'enthousiasme, l'énergie (vitalité)
Des associations ont été observées entre le TDAH et le « zest » (vitalité, enthousiasme), une forme d’énergie qui englobe à la fois des caractéristiques physiques et psychologiques, ce qui n’est pas surprenant, soulignent les auteurs, dans la mesure où l’hyperactivité recoupe en partie le « zest ». Ces résultats provenaient surtout des études qualitatives.
Mais la plupart des études se sont concentrées uniquement sur l'aspect physique ; des recherches supplémentaires sont nécessaires pour explorer la dimension psychologique du « zest », ce qui implique d'examiner si les personnes ayant un TDAH sont plus enclines à se sentir enthousiastes et à vivre leur vie comme une aventure. Cela revêt une grande importance, car l'enthousiasme constitue une ressource essentielle pour la satisfaction dans la vie et le bien-être.
Des forces de caractère plus faibles
Les chercheurs ont également identifié des associations négatives entre certaines forces de caractère et le TDAH, telles que l’autorégulation et la persévérance.
Des études à poursuivre
L’approche de psychologie positive adoptée dans cette étude a permis d’apporter de nouvelles perspectives sur le TDAH, contribuant à une compréhension plus globale et équilibrée de ce trouble, estiment les chercheurs. Ce domaine de recherche est toutefois encore émergent. Les études sont insuffisantes et doivent se poursuivre. Plusieurs des forces de caractère n’ont pas encore été suffisamment étudiées en lien avec le TDAH, et la majorité des données provient de recherches qualitatives plutôt que quantitatives.
Une autre analyse des études sur les forces et aspects positifs
Une autre revue de la littérature très intéressante ayant analysé 125 études portant sur les points forts des personnes ayant un TDAH (sans se limiter aux forces de caractère) a été publiée en mars 2026 dans le Journal of Attention Disorders.
Rivqa B. Rafael de l'University of Technology Sydney et ses collègues mentionnent que les critères diagnostiques de base du TDAH sont parfois reformulés comme des atouts potentiels. Selon cette conception, les atouts liés au TDAH seraient inhérents à l'expérience du TDAH. Les aspects positifs de l'inattention sont collectivement désignés comme « attention basée sur l'intérêt », l'hyperactivité est qualifiée d'« énergie » et l'impulsivité est conceptualisée comme une prise de risque adaptative. Certaines caractéristiques du TDAH, voire toutes, peuvent constituer des atouts dans certains contextes et des défis (difficultés, conséquences négatives) dans d'autres, expliquent les chercheurs.
Une autre hypothèse pour expliquer des forces potentielles est qu'elles seraient une conséquence des stratégies de compensation que doivent utiliser les personnes ayant un TDAH.
Ces auteurs soulignaient eux aussi que les études à ce jour demeurent très embryonnaires.
Pour plus d'informations sur le TDAH, voyez les liens plus bas.
(1) Rebecca N.H. de Leeuw, Marieke L. Fransen et Martine Hoogman.
Psychomédia avec sources : PsyArXiv, Journal of Attention Disorders.
Tous droits réservés.










