En
cette ère technologique, nous sommes appelés à nous
questionner sur la place des médiums tels que l'Internet
dans les professions de la relation d'aide. Certains y voient
une avenue de choix; une solution futuriste à notre portée,
tandis que d'autres s'inquiètent des conséquences de
l'apparition de ces nouveaux services sur la définition de
la relation d'aide en général.
Cet
article permettra au lecteur de se questionner sur la
pertinence de l'utilisation de l'Internet dans le domaine de
la relation d'aide, principalement en ce qui concerne la
sexologie clinique (qui est ma formation de base). Quelle est
sa place? Quels sont les avantages et les inconvénients
d'une telle approche?
PREMIÈRE
PARTIE: SERVICES PSYCHOLOGIQUES SUR LE NET
Depuis
l'avènement de l'Internet, presque toutes les professions
ont trouvé le moyen de tirer profit de ce médium en
apprenant comment l'utiliser et comment y promouvoir des
produits et services. Dans le domaine de la relation d'aide
(psychologie, sexologie, travail social et autres), on assiste au même phénomène.
Des
sites Internet proposent des consultations par courrier
électronique, des causeries en IRC, des forums et groupes de
discussions. La question que nous devons nous poser est la
suivante: Quelle est la valeur de ces services offerts à une
population en quête d'aide, de rassurance et de soutien?
Voici ma réflexion:
Personnellement,
je considère que les services d'aide virtuels ont une valeur
éducative et informative très pertinente, sans toutefois
égaler les bénéfices d''une thérapie en profondeur. Selon
moi, les services d'aide virtuels permettent à l'usager de
faire connaissance avec les professions d'aide, de trouver
des informations pertinentes et une éducation de qualité
sur la ou les problématique-s avec lesquelles il doit
composer. L'usager peut, avec l'Internet, évaluer la place
que prend un problème ou une situation difficile dans sa
vie, comprendre les causes de son problème, explorer la
manière dont d'autres se sortent de situations difficiles et
tenter, à son tour de trouver des pistes de solutions
pertinentes. Mais cela est-il suffisant, garant d'un succès
au niveau de la croissance personnelle de l'usager? Mais d'un
autre point de vue, est-ce réaliste de penser que tout le
monde a envie de faire une démarche en profondeur?
Le
problème avec ces médiums se situe au niveau des limites
textuelles. Avec le seul texte pour exprimer son vécu,
l'usager n'offre qu'une partie de lui-même. Peut-on croire
que le vécu émotif se transmet aussi bien en format .txt
qu'en réalité? Sur quelles bases le professionnel de la
relation d'aide peut-il se baser afin d'évaluer,
diagnostiquer et traiter un individu qui se présente à lui
par le texte? On doit, bien entendu, prendre pour acquis que
l 'usager fait preuve d'honnêteté dans son discours. De
toute façon, s'il ment ou s'il prétend être une autre
personne, il finit par se mentir à lui-même et à la
limite, l'aide qu'il va recevoir risque de ne pas du tout
être adaptée à son vécu.
En
ce qui concerne les causeries de groupes en IRC, je
considère leur valeur comme étant à peu près équivalente
aux bénéfices que l'on peut retirer d'une conférence ou
d'un atelier sur un thème donné. Il y a un animateur et des
participants qui discutent ensemble mais on ne va pas en
profondeur par rapport à une problématique vécue par un
des membre du groupe. Pourrait-on parler alors d'une aide
générale, non-spécifique mais qui retrace plutôt les
grandes lignes de la problématique en question? Quant à la
causerie individuelle en IRC, je serais portée à croire que
l'aide offerte possède alors une valeur plus importante que
lors des discussions de groupes. Le sujet peut être abordé
plus en profondeur et on assiste davantage à un déploiement
du vécu émotif... La discussion sera aussi orientée avec
plus de précision, sur le vécu de l'usager.
DEUXIÈME
PARTIE: LA PLACE DE CES SERVICES DANS LE DOMAINE DE L'AIDE
Dans
la relation d'aide, on retrouve différentes approches
thérapeutiques, différentes techniques, différents outils
de travail et différents professionnels pour les utiliser.
À mon sens, les services virtuels viennent s'ajouter à la
liste des moyens de venir en aide aux gens, et comme pour
ceux mentionnés plus hauts, on ne peut pas être en accord
total avec tous, et personne n'est sommé d'y adhérer si les
objectifs qu'ils visent ne les rejoignent pas...
L'idée
est de trouver le médium qui nous convient et de garder à
l'esprit les limites de celui-ci en n'oubliant pas, bien
sûr, ses avantages... Justement, quels sont les avantages
des services en- ligne? À mon sens, il y a d'abord
l'accessibilité des services et la gratuité pour l'usager
dans la plupart des cas. Quant aux limites, je crois
sincèrement que la limite principale réside en chaque
usager qui aurait des attentes trop élevés envers le
service virtuel. Si l'on prend le service pour ce qu'il est
et rien de plus, on met l'emphase sur les points positifs
retirés... un exemple: un usager des causeries en IRC qui
s'attendait à se faire aider par une sexologue un vendredi
soir donné a quitté, déçu, quelques minutes après le
début de la causerie car on n'avait pas répondu à ses
attentes. S'il avait assisté à la discussion dans le but de
partager son opinion et écouter celle des autres, il aurait
probablement reçu certaines réponses très pertinentes,
mais comme ses attentes s'avéraient trop élevées, il
considère probablement qu'il s'agit là d'un service très
limité. Malheureusement...
TROISIÈME
PARTIE: DISTINCTION ENTRE ÉDUCATION ET THÉRAPIE
L'éducation
pour moi est le service par lequel l'usager va chercher des
informations et des pistes de réflexions sur un sujet
donné. Il s'agit de l'approfondissement des connaissances
théoriques et pratiques mais si le travail est fait de
façon partielle, le cheminement demeure en surface.
La
thérapie quant à elle est un traitement qui vise l'atteinte
d'un mieux-être pour le client et nécessite un engagement
en terme d'énergie, de temps et d'argent afin d'entrer en
relation de confiance avec le thérapeute. Cet engagement
requiert une grande authenticité de la part de l'usager dans
la mesure ou son cheminement thérapeutique sera à l'image
de son implication. Je compare souvent la thérapie à la
pratique d'un sport ou à l'apprentissage d'un instrument de
musique. Pour devenir athlète olympique ou virtuose musical,
il faut plus d'une heure de pratique par semaine. Le même
principe s'applique en thérapie. Le gros du travail n'est
pas nécessairement réalisé lors de la discussion avec le
thérapeute dans un bureau professionnel... la thérapie
implique une ré-évaluation du mode de vie actuel de la
personne, un questionnement sur ses valeurs et ses choix et
des changements apportés à ceux-ci en vue de modifier leur
résultat qui est le problème pour lequel la personne
consulte. La motivation au changement se veut un élément
clé de toute thérapie et il faut se demander si le fait
d'investir autant dans une démarche n'y est pas pour quelque
chose. Sur internet, la constance n'est pas requise, en ce
sens que l'usager utilise les services quand bon lui semble.
On pourrait peut-être penser que si la discussion devenait
trop menaçante, l'usager pourrait quitter subitement, tandis
qu'en thérapie, cette résistance serait explorée et
discutée. Je considère l'assiduité et la constance comme
des éléments essentiels à la réussite d'une démarche
thérapeutique.
Quand
on me demande si je considère les causeries en IRC comme de
la thérapie, je réponds: Il faudrait redéfinir la notion
d'une thérapie car à mon sens, il ne s'agit pas d'un
substitut, mais plutôt d'une porte d'entrée pour les
personnes timides qui craignent les consultations
thérapeutiques... on pourrait souhaiter qu'à un moment
donné, la personne qui en ressent le besoin fasse le pas en
vue d'une démarche plus en profondeur.