simple fait que la phrase
est connue de tous. Donc, croit-on, elle doit être vraie.
J'entends ainsi souvent des clients, dans ma pratique, éprouvant un malaise devant un silence de quelques secondes, citer un proverbe qui, par son ampleur, évoque quelque chose de très grand et de très gros.
Si le recours aux proverbes a un petit quelque chose de rassurant, je ne peux m'empêcher de penser qu'il s'agit d'un mécanisme de défense qui empêche le vrai contact et qui empêche les ajustements créateurs. En effet, lorsque la phrase est dite, le silence cesse d'être gênant. La personne est mieux assise sur sa nouvelle certitude. Elle semble protégée maintenant par la sagesse des nations !
Est-il besoin de dénoncer le fait que le recours aux proverbes est un dérivatif stérile qui n'apporte aucune paix durable ni aucun changement significatif. Qui plus est, la phrase est souvent fausse ou alors comprise dans un sens unilatéral, celui qui favorise son usager. Voici quelques exemples entendus dans ma pratique.
Le temps arrange bien les choses. Faux. Le temps n'est pas un personnage enchanteur qui répare quoi que ce soit. Qu'une situation de vie soit agréable ou désagréable, ce n'est pas le temps qui modifie quoi que ce soit. Ce sont les gens qui le font. Ils peuvent le faire avec l'aide du temps (rapidement ou lentement), mais le temps, lui, ne fait rien d'autre…. que passer.
Tu récoltes ce que tu sèmes. Faux. Ce n'est pas automatique ! Il va pousser ce que tu sèmes, ça c'est certain ! Quant à récolter, encore faut-il le vouloir. Dans la vie comme dans un champ, il ne suffit pas de semer des bonnes choses pour récolter des bonnes choses ! Et les mauvaises herbes ? Et les cailloux ? Et les insectes ? Discriminer le nourrissant du toxique est une tâche quotidienne.
Il faut aller dans son champ et cueillir ce qu'il y a à cueillir ! Ceci demande des efforts et de l'initiative et aucune récolte ne s'est jamais faite automa-tiquement.
Une de perdue, dix de retrouvées, dit-on au jeune homme qui a perdu sa compagne. Faux. Cette phrase a pour fonction d'apaiser la détresse d'un amoureux qui vient de se faire plaquer.
Mais croyez-vous vraiment que cette phrase va lui faire du bien ? Et que ferait-il, de toutes façons, avec dix femmes à ses côtés ?
Je recommande plutôt un accueil bienveillant : "Oui, une de perdue, c'est très dur. Je suis avec toi !"
Jamais deux sans trois. Faux. Superstition absurde basée sur des statis-tiques inexistantes. Deux ? Trois ? Quatre ? Les événements n'ont pas l'habitude de consulter les statistiques avant d'arriver. Ils arrivent, un point c'est tout.
Je recommande plutôt la reconnaissance de la réalité : "Deux fois ? Ah non ! Quelle malchance !"
On apprend de nos malheurs. Faux. Les malheurs comme les bonheurs sont des occasions d'apprendre. Encore faut-il les saisir et se mettre en marche.
"On apprend de nos malheurs" est une généralisation dangereuse : elle impli-que que je ne peux apprendre que de mes malheurs. Résultat : l'inconscient se met à saboter nos actions pour déclencher un ou plusieurs malheurs afin de pouvoir, enfin, apprendre ! Ces malheurs sont d'ailleurs anticipés par des scénarios de catastrophes comme : "Un malheur n'arrive jamais seul".
Un malheur n'arrive jamais seul. Ah non ? Ce serait le malheur qui décide-rait de lui-même de se faire accompagner par un autre malheur…. pour se sentir moins seul, sans doute ?
C'est encore une de ces phrases qui déresponsabilise la personne qui parle. Entendez-vous la plainte de la victime impuissante qui se cache derrière cette phrase ? Dans une de ses chansons, Angèle Arsenault affirme : "Paniquez pas pour rien : le pire s'en vient !"
Je suis sûr que les lecteurs trouveront d'autres phrases ou proverbes contraires à l'équilibre psychologique, à la logique humaine, ou à la responsabilisation de la personne. Si nous voulons mener une vie plus consciente, plus responsable, il convient d'être vigilant et de nous désolidariser de ces idées toutes faites. Mais faites attention : le danger croit avec l'usage !
Décembre 1998
Georges-Henri Arenstein, psychologue.
J'entends ainsi souvent des clients, dans ma pratique, éprouvant un malaise devant un silence de quelques secondes, citer un proverbe qui, par son ampleur, évoque quelque chose de très grand et de très gros.
Si le recours aux proverbes a un petit quelque chose de rassurant, je ne peux m'empêcher de penser qu'il s'agit d'un mécanisme de défense qui empêche le vrai contact et qui empêche les ajustements créateurs. En effet, lorsque la phrase est dite, le silence cesse d'être gênant. La personne est mieux assise sur sa nouvelle certitude. Elle semble protégée maintenant par la sagesse des nations !
Est-il besoin de dénoncer le fait que le recours aux proverbes est un dérivatif stérile qui n'apporte aucune paix durable ni aucun changement significatif. Qui plus est, la phrase est souvent fausse ou alors comprise dans un sens unilatéral, celui qui favorise son usager. Voici quelques exemples entendus dans ma pratique.
Le temps arrange bien les choses. Faux. Le temps n'est pas un personnage enchanteur qui répare quoi que ce soit. Qu'une situation de vie soit agréable ou désagréable, ce n'est pas le temps qui modifie quoi que ce soit. Ce sont les gens qui le font. Ils peuvent le faire avec l'aide du temps (rapidement ou lentement), mais le temps, lui, ne fait rien d'autre…. que passer.
Tu récoltes ce que tu sèmes. Faux. Ce n'est pas automatique ! Il va pousser ce que tu sèmes, ça c'est certain ! Quant à récolter, encore faut-il le vouloir. Dans la vie comme dans un champ, il ne suffit pas de semer des bonnes choses pour récolter des bonnes choses ! Et les mauvaises herbes ? Et les cailloux ? Et les insectes ? Discriminer le nourrissant du toxique est une tâche quotidienne.
Il faut aller dans son champ et cueillir ce qu'il y a à cueillir ! Ceci demande des efforts et de l'initiative et aucune récolte ne s'est jamais faite automa-tiquement.
Une de perdue, dix de retrouvées, dit-on au jeune homme qui a perdu sa compagne. Faux. Cette phrase a pour fonction d'apaiser la détresse d'un amoureux qui vient de se faire plaquer.
Mais croyez-vous vraiment que cette phrase va lui faire du bien ? Et que ferait-il, de toutes façons, avec dix femmes à ses côtés ?
Je recommande plutôt un accueil bienveillant : "Oui, une de perdue, c'est très dur. Je suis avec toi !"
Jamais deux sans trois. Faux. Superstition absurde basée sur des statis-tiques inexistantes. Deux ? Trois ? Quatre ? Les événements n'ont pas l'habitude de consulter les statistiques avant d'arriver. Ils arrivent, un point c'est tout.
Je recommande plutôt la reconnaissance de la réalité : "Deux fois ? Ah non ! Quelle malchance !"
On apprend de nos malheurs. Faux. Les malheurs comme les bonheurs sont des occasions d'apprendre. Encore faut-il les saisir et se mettre en marche.
"On apprend de nos malheurs" est une généralisation dangereuse : elle impli-que que je ne peux apprendre que de mes malheurs. Résultat : l'inconscient se met à saboter nos actions pour déclencher un ou plusieurs malheurs afin de pouvoir, enfin, apprendre ! Ces malheurs sont d'ailleurs anticipés par des scénarios de catastrophes comme : "Un malheur n'arrive jamais seul".
Un malheur n'arrive jamais seul. Ah non ? Ce serait le malheur qui décide-rait de lui-même de se faire accompagner par un autre malheur…. pour se sentir moins seul, sans doute ?
C'est encore une de ces phrases qui déresponsabilise la personne qui parle. Entendez-vous la plainte de la victime impuissante qui se cache derrière cette phrase ? Dans une de ses chansons, Angèle Arsenault affirme : "Paniquez pas pour rien : le pire s'en vient !"
Je suis sûr que les lecteurs trouveront d'autres phrases ou proverbes contraires à l'équilibre psychologique, à la logique humaine, ou à la responsabilisation de la personne. Si nous voulons mener une vie plus consciente, plus responsable, il convient d'être vigilant et de nous désolidariser de ces idées toutes faites. Mais faites attention : le danger croit avec l'usage !
Décembre 1998
Georges-Henri Arenstein, psychologue.

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