L'affirmation de soi en
matière de violence interpersonnelle

Daniel Blondin
psychologue,  M.Ps.,

Suite au texte intitulé La violence en matière de communication humaine, nous abordons ici une série de thèmes qui vous amènera à réfléchir sur comment établir un dialogue et entretenir une communication ouverte lorsque exposé à une situation de violence interpersonnelle. Le présent thème met l'emphase sur le processus d'affirmation de soi. Le prochain thème traitera de la violence interpersonnelle par l'entremise des divers styles d'affirmation de soi.



La violence dans les relations interpersonnelles (patron/employé, parent/enfant, entre amis, entre collègue, etc.) est un phénomène qui se manifeste sous de multiples formes : abus de pouvoir, agression physique, intimidation verbale, menaces voilées, insultes et injures, humiliation, etc. Confrontée à de tels préjudices, une personne y réagit de plusieurs façons. Soit qu'elle se retrouve impuissante devant ces gestes qui sont posés à son endroit et elle devient donc un bouc émissaire de la situation. Ou bien encore elle y réagit de manière tout aussi violente en répondant elle aussi par un geste d'agressivité en guise de légitime défense. Conclusion: aucune de ces solutions ne semble satisfaisante afin de rétablir l'harmonie relationnelle ou bien de faire cesser l'agir violent; on peut même facilement admettre le contraire...

Pour mettre un terme à cette violence envers soi, vous vous devez de vous affirmer. C'est-à-dire développer l'assurance de soi en sachant vous protéger de ces agressions et poser des gestes qui vous aideront à vous affranchir de ces préjudices à votre égard. S'affirmer non pas dans le sens de répliquer à l'assaut - ce qui est une réponse impulsive et destructive - mais plutôt dans le sens de vous libérer de cette emprise et de réussir à vous exprimer à l'autre paisiblement en sachant lui dire personnellement ce que cela vous fait réellement vivre. Au delà des clichés... Pas évident à vivre direz-vous! Je vous l'accorde...

Cependant, cela vous amènera progressivement à assumer votre propre vie, à clarifier vos valeurs, à identifier clairement vos ressources et vos limites dans la relation qui vous cause préjudice, à cerner vos besoins. Vous affirmer vous permettra de prendre des actions bénéfiques car il n'en tient qu'à vous de faire respecter cette frontière qui est la vôtre! De plus, vous adopterez de nouvelles attitudes de communication dans vos relations humaines en général et avec ceux qui voudraient faire de vous l'objet de leur agression. Vous deviendrez plus en mesure d'anticiper les signes de l'escalade de violence et ainsi plus en mesure de voir "venir les coups d'avance" avec plus de doigté. C'est ce que l'on nomme une communication proactive, c'est-à-dire communiquer avec l'autre "avant" plutôt que "pendant" ou "après" la crise...

Ainsi, paradoxalement, plus vous serez bien centré et en équilibre dans vos besoins et vos limites personnelles, plus vous deviendrez disponible à l'autre et serez en position de saisir davantage ce qu'il exprime au-delà de sa révolte, qui n'est qu'une expression maladroite de ses propres blessures émotionnelles. En sachant vous affirmer, vous amènerez de manière rassurante l'autre à vous écouter de manière plus respectueuse. Vous serez étonné de constater qu'il peut même en arriver à se révéler en toute confidence, lorsque la confiance sera instaurée, et s'il le désire. Il y a ainsi plus de chance de comprendre le sens de sa détresse et de ses propres blessures émotives. D'entamer un dialogue vrai...

Alors, comment s'y prendre pour être à la découverte de son soi véritable permettant de s'affirmer adéquatement dans un contexte de violence? Se reconnaître authentiquement et avec lucidité à travers les éléments relationnels sur le plan de la communication psychologique avant que ces éléments soient manifestes sur le plan physique est un élément crucial pour bien gérer par anticipation la situation de crise. Cela, en étant authentique avec soi, en valorisant la transparence de son être et prenant l'initiative de découvrir ses zones de vulnérabilité pour ensuite évaluer le risque de s'ouvrir et de s'exprimer à l'autre. Dans le cas où l'autre n'est pas réceptif à notre ouverture, on se dirige vers un endroit de quiétude et de sérénité en attendant que l'orage cesse!

On peut entreprendre cette introspection par l'entremise des réactions que l'autre nous renvoie à sa façon. Il communique ainsi une partie de l'image de soi qui nous appartient et que l'on apprend à connaître. Dans cette perspective relationnelle, Alice Miller, dans son ouvrage Abattre le mur du silence, décrit l'importance et même la nécessité d'être à la recherche de son "vrai soi" afin de mieux saisir les effets et les répercussions préjudiciables de ces agressions. Vous apprendrez ainsi à reconnaître en vous vos propres éléments personnels liés à cette relation et à distinguer ce qu'est le "vrai soi" et ce qu'est le "faux soi" dans cette circonstance précise. C'est ainsi que vous arriverez progressivement à tracer vos propres frontières, à en circonscrire les limites et les faire connaître à l'autre. C'est dans l'investigation de l'histoire relationnelle psychologique qui précède l'éclatement et la violence interpersonnelle que vous puiserez ces éléments. C'est un point crucial à explorer afin de se préparer pour entreprendre avec l'interlocuteur violent les bases d'un dialogue vrai.

Ce sont principalement ces éléments de découverte de soi qui serviront à établir les bases d'un dialogue vrai avec l'autre. Le but? Dire à l'autre authentiquement qui vous êtes... Exprimer ce que vous ne désirez plus vivre au-delà de cette violence que vous subissez... Pour cela il vous faut savoir choisir les éléments à révéler de vous intérieurement... C'est à partir de l'expression de ces éléments circonscrits que le pont relationnel pourra peut-être se reconstruire sur de nouvelles bases. Cependant, pour cela il faut aussi que vous sachiez évaluer les risques de votre ouverture face à ce dernier. C'est d'abord en découvrant les éléments de son "vrai soi" que vous pourrez décider des éléments que vous révélerez à l'autre. Il faut d'abord que cela soit clair pour vous. C'est une façon de découvrir l'authenticité et la transparence de la relation.

On arrive progressivement à ce but et à cette ouverture de soi dans la relation en dénichant les éléments de ses propres peurs ancrées dans cette relation. Vous acquerrez ainsi le pouvoir d'être davantage conscient des enjeux de cette relation et le pouvoir de dévoiler ou non à l'autre les éléments qui vous concernent personnellement. À tout le moins, vous aurez acquis la latitude nécessaire afin de poursuivre ou non la relation et de signifier ouvertement les éléments de crise qui vous causent de la détresse; l'autre a aussi la latitude de vous considérer ou non, c'est un choix qu'il doit prendre. Vous pourrez ainsi négocier avec l'autre les bases d'une nouvelle entente débouchant sur un dialogue vrai. Il faut admettre que c'est un travail pénible et ardu que d'être à la recherche de son "vrai soi". Cela demande du courage et de la persévérance. En fait, c'est aussi en même temps être exposé à ses propres souffrances parfois oubliées depuis plusieurs années.

De ce premier pas, il se peut fort bien que la première constatation qui se fasse est qu'il vous est difficile d'exprimer ouvertement votre désarroi à l'autre, parfois même impossible. Mais vous voulez que cesse cette violence dont vous êtes l'objet.

L'exploration des éléments de cette histoire relationnelle fera resurgir des événements de vie bien camouflés et il vous faudra bien les considérer si vous voulez comprendre et avoir de la prise sur la situation présente. On ne sait quoi et comment dire à l'autre de ce que nous vivons. Nous avons souvent peine à le reconnaître nous-mêmes. Nous prenons ainsi contact avec une partie contrariante de nous-mêmes et qui est souvent mal en point et très blessée; nous sommes très vulnérables à cette souffrance, et nous devons la soigner avant tout. Notre estime est meurtri. Ces découvertes nous font réaliser comment il se fait que souvent nous ne pouvons nous approprier notre propre pouvoir personnel qui nous est essentiel pour nous aider à surmonter ces traumatismes que nous vivons. On réalise à notre grand étonnement que nous sommes à contre gré les artisans de notre propre souffrance et nous éprouvons de la difficulté à admettre en soi que nous en sommes devenus prisonniers...

Se découvrir et se libérer afin d'obtenir un plus grand degré de liberté permettant ainsi de mieux composer et de ne plus être la cible des agressions de l'autre. C'est le but ultime visé... C'est à partir de ces éléments resurgis que pourra s'établir avec l'autre les bases d'un dialogue afin de mettre un terme et de ne plus être sujet de cette violence. Par exemple, il faudra s'admettre que l'on se retient de dire ouvertement ce que l'on pense parce que l'on est certain que l'autre nous détruira, alors on accumule les tensions et on se coince parce que l'on a peur et on ne veut pas se l'avouer; ou encore, on tolère l'agressivité en se disant que la situation va se corriger d'elle-même; on peut ressentir de la honte de soi et se le cacher en laissant la situation se dégénérer; on peut aussi se sentir ridicule d'exprimer certaines réactions à l'autre de peur d'être intimidé parce que soi-disant on les juge comme trop insignifiantes.

Cette compréhension intime de son être permet de surcroît une plus grande ouverture face à la souffrance de l'autre et à l'expression de la violence lui appartenant. On apprend à y être moins touché. Comprendre aussi la nature psychologique de cette violence exprimée par la personne en agressivité est essentiel pour dialoguer. Il faut trépasser les manifestations ouvertes et explicites de cet agir violent de l'autre et devenir plus empathique. Rejoindre les couches émotionnelles et cognitives sous-jacentes de l'autre afin de décrypter le sens symbolique de ses afflictions. On découvre ainsi que le comportement de sa violence prend son élan et son énergie dans des significations qui se communiquent implicitement entre lui et vous avant de s'exprimer sur le plan de l'agression physique.

La manifestation physique et explicite de la violence de l'autre n'est que la petite pointe de l'iceberg. Lorsque vous devenez le partenaire victime parce qu'affligé d'un "coup" physique avant de prendre des moyens pour régler la situation, il faut s'attendre à ce qu'il y ait d'importants dommages sur le plan relationnel et de la communication entre vous et lui... Le plus difficile dans ces circonstances est de savoir s'affirmer adroitement devant l'agresseur. Prendre sa place avec intégrité et respect de soi. C'est, à mon avis, la première étape à considérer.

Ce texte étant une réflexion ouverte concernant l'importance du processus d'affirmation de soi en matière de violence interpersonnelle, le sujet ne fait que s'ouvrir. Je serais intéressé à connaître vos commentaires, vos réflexions et vos réactions à cet égard. Cela ne peut qu'enrichir la réflexion collective en instaurant entre vous et moi un dialogue vrai pouvant ultimement améliorer votre situation personnelle de vie.

Je vous remercie d'avoir pris ces quelques minutes pour lire ce texte. Je considérerai avec le plus grand soin les commentaires que vous me formulerez.


Daniel Blondin
psychologue

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