Conduite automobile et médicaments psychotropes (du système nerveux)

L'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) a publié en mars dernier une mise à jour concernant les médicaments et la conduite automobile ainsi que l'opération de machinerie. Les médicaments psychotropes et du système nerveux figurent parmi les médicaments qui affectent de façon importante la capacité de conduire ou d'opérer des machines.

Les médicaments sont classés selon 3 niveaux de sécurité indiqués par des pictogrammes sur leur étiquette:
- Le niveau 1 indique un risque faible qui dépend de la susceptibilité individuelle. La prise du médicament ne remet généralement pas en cause la conduite de véhicules.

- Le niveau 2 indique des effets délétères pour la conduite qui dépendent des personnes. La prise du médicament peut, dans certains cas, remettre en cause la conduite. Les antidépresseurs font partie de cette catégorie.

- Le niveau 3 indique des effets du médicament qui rendent la conduite automobile dangereuse. La conduite de véhicules est formellement déconseillée. La plupart des médicaments psychotropes sont dans cette catégorie.

Voici plus précisément les niveaux de sécurité associés à chaque catégorie de médicaments psychotropes et du système nerveux:

Anesthésiques: niveaux 2 et 3

Niveau 2: Les anesthésiques locaux nécessitent une évaluation individuelle.

Niveau 3: Après anesthésie générale, la conduite de véhicule est déconseillée au minimum la journée de l’intervention.

Antalgiques: niveaux 1 et 3

Niveau 3: Les antalgiques opiacés, y compris des substances comme le dextropropoxyphène, induisent une sédation et des troubles du comportement qui peuvent empêcher la personne de percevoir l’altération de ses capacités de conduite et lui faire prendre des risques inconsidérés. Il existe une grande variabilité interindividuelle dans la sensibilité à ce type de médicament. La capacité de conduire doit donc faire l’objet d’une évaluation individuelle, en particulier en phase de mise en place du traitement.

Niveau 1: La codéine, à faibles doses (doses inférieures à 20 mg par unité de prise), présente des effets nettement moins marqués et relève d’une simple information du patient.

Antimigraineux: niveau 2

Tous les agonistes des récepteurs sérotoninergiques 5HT1 (triptans), de même que certains autres antimigraineux (pizotifène, oxétorone, flunarizine et métoclopramide en association à l’aspirine) induisent fréquemment une sédation et des vertiges, ce qui nécessite une évaluation individuelle.

Anticonvulsivants: niveau 2

Le risque principal de ces médicaments réside dans la sédation, les sensations ébrieuses et le ralentissement psychomoteur. Mais d’autres effets, potentiellement dangereux pour la conduite, sont également fréquents : troubles visuels, vertiges, ataxie, troubles du comportement (irritabilité, agitation, amnésie, apathie, dépression, confusion mentale). La conduite automobile n’est généralement pas possible au début du traitement, mais peut le redevenir après une adaptation. Toute modification du traitement médicamenteux doit être particulièrement surveillée.

Antiparkinsoniens: niveau 2

Les effets délétères pour la conduite automobile, communs à tous les antiparkinsoniens sont une sédation et des troubles du comportement (troubles du sommeil, hallucinations, agitation, confusion mentale, délire, épisode psychotique, excitation psychomotrice), qui justifient une évaluation, au cas par cas, notamment en phase d’instauration du traitement. Cette évaluation est d’autant plus importante que la maladie de Parkinson peut avoir, elle-même, un retentissement sur les capacités psychomotrices et cognitives du patient.

Si l’amantadine et la sélégiline ont des effets moins marqués, il faut surtout distinguer la lévodopa et tous les agonistes dopaminergiques, qui peuvent induire des crises d’endormissement d’apparition brutale, sans signes annonciateurs et, donc, extrêmement dangereuses pour la conduite automobile. La fréquence de ces effets indésirables semble plus importante avec certains agonistes récents, comme le ropinirole et le pramipexole.

Il convient donc de mettre en garde les patients lors de l’instauration du traitement médicamenteux. En cas de somnolence, on réduira, si possible, la posologie ; sinon, il faudra déconseiller formellement la conduite aux patients ayant déjà présenté ces symptômes.

Neuroleptiques et antipsychotiques: niveaux 2 (voie orale) et 3 (formes injectables)

Les effets des neuroleptiques (antipsychotiques) qui peuvent affecter les capacités de conduite sont :

– une sédation marquée, en particulier en début de traitement,
– des troubles de la vision (vision floue, troubles de l’accommodation, crises oculogyres…),
– des troubles comportementaux (agressivité, confusion),
– une détérioration des fonctions cognitives,
– un syndrome extrapyramidal,
– des troubles moteurs (essentiellement dyskinésies tardives).

Toutefois, il convient de garder à l’esprit que l’arrêt ou la réduction des posologies du médicament peut entraîner une altération des performances qui peut être bien plus préjudiciable que celle due aux effets indésirables.

D’une manière générale, la plus grande prudence est recommandée lors de l’utilisation de neuroleptiques, d’autant plus que les effets délétères pour la conduite automobile varient en fonction de la classe chimique, des posologies utilisées et de la voie d’administration.

Anxiolytiques : niveaux 2 (voie orale) et 3 (formes injectables)

Tout traitement anxiolytique peut représenter un danger pour la conduite automobile. Les médicaments de la classe des benzodiazépines sont les plus fréquemment utilisés et les plus souvent retrouvés chez les responsables d’accidents.

Leur impact sur les capacités de conduite est principalement dû à la somnolence et au ralentissement psychomoteur (diminution des capacités à répondre à des situations d’urgence, augmentation des temps de réaction aux stimuli visuels et auditifs, altération de la coordination et du contrôle des mouvements…).

Ces effets sont majorés par la prise concomitante d’alcool ou de substances entraînant une dépression du système nerveux central : morphiniques, neuroleptiques, antihistaminiques, antidépresseurs sédatifs, autres benzodiazépines (hypnotiques, anticonvulsivantes ou myorelaxantes), phénobarbital, antihypertenseurs centraux.

De plus, avec les benzodiazépines et substances apparentées, peuvent survenir des effets (troubles de l’humeur, désinhibition) pouvant induire des comportements à risque ; elles présentent par ailleurs un potentiel de pharmacodépendance et d’abus.

La décision de prescrire un anxiolytique à un patient susceptible de conduire doit donc être soigneusement pesée, l’utilisation des formes injectables ou de doses élevées étant incompatible avec la conduite.

Hypnotiques (somnifères): niveau 3

Comme pour les anxiolytiques, les substances les plus couramment utilisées appartiennent à la famille des benzodiazépines ou assimilés. L’objectif de ces médicaments étant d’obtenir l’endormissement, il est évident que la conduite de véhicules est formellement déconseillée après la prise. De plus, une somnolence peut encore être présente le lendemain de la prise et retentir sur les capacités de conduite ou d’exécuter des tâches précises au cours de la journée.

Cet effet résiduel dépend des propriétés pharmacocinétiques de la substance, mais aussi de la susceptibilité individuelle de la personne et de la qualité du sommeil dont elle a bénéficié; il est déconseillé de conduire tant que persiste une somnolence.

Les hypnotiques peuvent induire les mêmes effets (troubles de l’humeur, désinhibition) que les anxiolytiques. Ils présentent un potentiel de pharmacodépendance et d’abus.

Antidépresseurs: niveau 2

Tous les antidépresseurs peuvent induire des effets délétères pour la conduite : somnolence, troubles du comportement (anxiété, agitation, hallucinations, confusion, accès maniaques, risque suicidaire, réactivation d’un délire…).

La somnolence est nettement moins importante avec les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) et de la monoamine oxydase (IMAO), mais les antidépresseurs imipraminiques peuvent, en outre, entraîner des troubles liés à leur effet anticholinergique (troubles visuels, troubles cardiaques). Au sein d’une même classe chimique, il existe parfois des différences importantes ; à titre d’exemple, parmi les imipraminiques, la clomipramine provoque significativement moins de somnolence que l’amitriptyline.

Autres médicaments du système nerveux central

Divers médicaments peuvent aussi avoir un impact sur les capacités de conduite et relèvent généralement d’une évaluation individuelle :

– médicaments psychostimulants,
– médicaments de la maladie d’Alzheimer,
– sevrage de la dépendance tabagique, alcoolique ou opioïde,
– antivertigineux.

Ces informations sont données à titre indicatif seulement, précise l'Afssaps. Il est très important de consulter les indications concernant chaque médicament car des différences existent à l'intérieur de mêmes classes de médicaments.

Voyez également:

DOSSIER Psychomédia : Les médicaments psychotropes
Dépression, antidépresseurs et conduite automobile
Antidépresseurs, anxiolytiques, stabilisateurs de l'humeur: prudence au volant

Psychomédia avec source: Afssaps, Médicaments et conduite automobile.
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