Internet et Google rehaussent l'utilisation de la mémoire contrairement à ce qu'annoncent des médias qui se sont égarés

Voilà un titre complètement à l'opposé du traitement qui a été fait par de nombreux média, qui se sont quelque peu égarés, d'une étude publiée dans la revue Science qui montre qu'Internet et la recherche sur les moteurs de recherche comme Google modifient la façon d'organiser la mémorisation des informations.

Les moteurs de recherche auraient une influence néfaste sur notre manière d’apprendre et de mémoriser et ils nous inciteraient à la paresse intellectuelle, peut-on lire sur certains sites. Ce qui représente une incompréhension totale de la nouvelle.

Les psychologues américains Betsy Sparrow, Daniel M Wegner et Jenny Liu ont mené quelques expériences avec des volontaires pour étudier la relation entre l'utilisation d'internet, la mémoire et l'entreposage d'informations.

Lorsque les participants ne connaissaient pas les réponses à des questions, ils avaient tendance à se tourner vers internet pour trouver l'information. Quand ils pensaient que l'information resterait accessible dans l'avenir, ils ne s'en souvenaient pas autant que quand ils pensaient ne pas pouvoir la retrouver plus tard. Les participants se rappelaient aussi davantage du fichier où ils avaient enregistré des informations que des informations elles-mêmes (de façon similaire, peut-on penser, ils se souviendraient davantage du site où trouver certaines informations que de ces informations).

"Depuis l'arrivée des moteurs de recherche, nous réorganisons notre façon de se souvenir des choses. [...] Nous nous souvenons moins du savoir lui-même que d'où nous pouvons le trouver", dit la chercheuse. Internet s'est en grande partie substitué aux livres et aux amis qui représentaient jusqu'à présent notre savoir «externe» (ou mémoire transactive, selon le concept développé en 1985 par le psychologue Daniel Wegner): on ne se souvient pas de certaines informations puisque nos proches peuvent être consultés.

Cette adaptation ne représente d'aucune façon un amoindrissement de la façon d'utiliser la mémoire, au contraire. Avec cette extension de cette dernière que représente l'ordinateur et internet, une plus grande quantité de connaissances est gérée de façon fonctionnelle. Une partie des processus de stockage et d'accès à ces connaissances est consacrée à cette gestion (ces processus sont qualifiés en psychologie cognitive de méta-mémoire): où est l'information, comment est-elle organisée? Plusieurs spécialistes ont commenté l'étude en faisant l'hypothèse qu'une conséquence de cette adaptation pouvait être une meilleure utilisation des ressources cognitives pour la compréhension. Plusieurs prédisent une amélioration des méthodes d'enseignement et d'apprentissage.

D'ailleurs, qui n'est pas conscient d'avoir, grâce à internet, les moyens de mieux comprendre et de prendre des décisions plus éclairées en ayant accès facilement à beaucoup plus d'informations?

Cet égarement au sujet de cette étude est une bonne illustration du manque de ressources consacrées par les média à leur section santé.

New York Times
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