Selon une enquête menée auprès de 2,3 millions de personnes dans le monde, il pourrait s'avérer difficile de s'entendre sur un code moral universel pour les véhicules autonomes.

La plus grande enquête jamais réalisée sur l'éthique des machines, publiée en octobre dans la revue Nature, révèle que plusieurs des principes moraux qui guident les décisions des conducteurs varient selon les pays.

« Les gens qui réfléchissent à l'éthique des machines donnent l'impression que l'on peut trouver un ensemble parfait de règles pour les robots, et ce que nous montrons ici avec des données, c'est qu'il n'existe pas de règles universelles », dit Iyad Rahwan, informaticien au Massachusetts Institute of Technology (MIT), coauteur de l'étude.

L'enquête présentait 13 scénarios dans lesquels la mort d'une personne était inévitable. Les répondants devaient choisir qui épargner.

Les résultats révèlent des nuances culturelles que les gouvernements et les constructeurs de voitures autonomes devraient prendre en compte s'ils veulent que les véhicules soient acceptés par le public, estiment les chercheurs.

En 2016, l'équipe de Rahwan a mis à jour un paradoxe éthique concernant les voitures autonomes : dans des sondages, les gens disaient qu'un véhicule autonome devrait protéger les piétons même s'il fallait sacrifier ses passagers, mais aussi qu'ils ne voulaient pas acheter de véhicules autonomes programmés pour agir ainsi.

Curieux de voir si les voitures autonomes pourraient soulever d'autres questions éthiques, Rahwan a réuni une équipe internationale de psychologues, d'anthropologues et d'économistes afin de mettre au point le questionnaire.

Peu importe leur âge, leur genre ou leur pays de résidence, la plupart des gens épargnaient les humains plutôt que les animaux de compagnie et les groupes de personnes plutôt que les individus. Ces réponses sont conformes aux règles proposées dans la seule directive gouvernementale à ce jour sur la conduite automobile autonome : celle publiée en 2017 par la Commission d'éthique allemande.

Mais le consensus s'arrête là. Lorsque les auteurs ont analysé les réponses des 130 pays ayant au moins 100 répondants, ils ont constaté que les nations pouvaient être divisées en trois groupes. L'un comprend l'Amérique du Nord et plusieurs nations européennes où le christianisme a historiquement été la religion dominante ; un autre inclut des pays comme le Japon, l'Indonésie et le Pakistan, avec de fortes traditions confucéennes ou islamiques. Un troisième comprend l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, ainsi que la France et les anciennes colonies françaises.

Le premier groupe a montré une plus grande préférence pour sacrifier des vies plus âgées afin de sauver des vies plus jeunes que le second groupe, par exemple.

Les chercheurs ont également identifié des corrélations entre les facteurs sociaux et économiques d'un pays et la moyenne des opinions de ses habitants. Les personnes originaires de pays dotés d'institutions gouvernementales fortes, comme la Finlande et le Japon, étaient moins susceptibles d'épargner un piéton qui s'engageait illégalement dans un trafic que les répondants de pays dotés d'institutions plus faibles, comme le Nigeria ou le Pakistan.

Les scénarios qui forçaient les participants à choisir entre sauver un sans-abri d'un côté de la route ou un cadre supérieur de l'autre ont révélé un autre point de divergence : les choix faits par les gens étaient souvent en corrélation avec le niveau d'inégalité économique dans leur culture. Les Finlandais - qui ont un écart relativement faible entre les riches et les pauvres - ont montré peu de préférence pour sauver l'un ou l'autre. Mais le répondant moyen de la Colombie, un pays où les disparités économiques sont importantes, choisissait de sacrifier la personne de statut inférieur.

Psychomédia avec sources : Nature, MIT.
Tous droits réservés.