Le microbiote intestinal est en cause dans des formes d'arthrite, selon une étude française publiée dans la revue Annals of the Rheumatic Diseases.

L'équipe de Maxime Breban de l'Inserm, en collaboration avec le laboratoire Micalis de l’INRA, a débuté en 2009 une étude comparant le microbiote intestinal de personnes atteintes de spondylarthrite (ou spondyloarthrite), de membres de leurs familles non atteints de la maladie et de personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde.

Les spondylarthrites sont un groupe de maladies articulaires inflammatoires chroniques caractérisées par une inflammation des articulations de la colonne vertébrale et du bassin.

L'équipe du chercheur travaille aussi depuis plusieurs années sur un modèle de rat auquel a été transféré le gène HLA-B27. Ce rat développe des manifestations typiques d’une spondylarthrite, sauf lorsqu’il est élevé en incubateur stérile. Ce qui suggère un rôle possible de ce gène, et un lien potentiel entre les bactéries présentes dans l’environnement et le déclenchement de la maladie.

Il y a d'ailleurs 20 fois plus de maladies inflammatoires de l’intestin chez les personnes atteintes de spondylarthrite que dans la population générale, précise le chercheur.

Pour étudier le microbiote intestinal des participants, les chercheurs ont réalisé le séquençage de fragments ADN bactériens retrouvés dans des échantillons de selles.

Ils ont ainsi constaté une diminution de la diversité microbienne chez ceux souffrant de spondylarthrite et de polyarthrite rhumatoïde, en comparaison avec les témoins sains. « Nous pensons que ce manque de diversité peut faire le lit de beaucoup de pathologies », souligne le chercheur.

Une seconde observation a été réalisée grâce aux témoins familiaux (génétiquement proches des patients) : les différences de microbiotes étaient beaucoup plus faibles entre les patients et les témoins sains porteurs du gène HLA-B27, qu’entre les patients et les témoins non-porteurs. Ce gène pourrait donc être en lui-même associé à un déséquilibre intestinal (dysbiose).

Le troisième constat est la présence d’une forte proportion de bactéries Ruminococcus gnavus chez les participants atteints de spondylarthrite.

« L’hypothèse est donc qu’une dysbiose qui favoriserait la présence de cette bactérie pourrait engendrer des maladies inflammatoires articulaires ».

La bactérie dégrade le mucus intestinal qui protège l’épithélium intestinal. En cas de surabondance, la dégradation trop importante du mucus pourrait engendrer une inflammation au niveau de l’épithélium.

Pour expliquer le lien avec les maladies articulaires, les chercheurs émettent deux hypothèses :

  • Une première possibilité serait que la production de médiateurs de l’inflammation au niveau de l’intestin agisse via la circulation sanguine sur la zone d’attache des ligaments à l’os qui est touchée par l’inflammation dans les spondyloarthrites ; des lymphocytes T spécifiques pourraient réagir aux médiateurs et déclencher l’inflammation articulaire.

  • La seconde hypothèse est que l’inflammation intestinale pourrait engendrer une plus grande perméabilité intestinale, qui favoriserait le passage de débris microbiens ensuite véhiculés jusqu’aux articulations.

Psychomédia avec source : Inserm
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