Y a-t-il un lien entre créativité et toxicomanies ?

Il semble, remarque l'éditorialiste David Biello dans le Scientific American, que certains types de personnes, dont Amy Winehouse est un exemple récent, sont plus susceptibles de succomber à l'addiction. La chanteuse rejoint, comme les médias l'ont souligné, le "club des 27" des stars du rock décédées à 27 ans, via des conduites addictives: Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison. Mais la toxicomanie ne concerne pas seulement les vedettes du rock. La liste des artistes toxicomanes, remarque-t-il, chevauchent souvent celle des géants de la culture.

Se pose donc la question du lien entre la tendance à une tendance à la toxicomanie et la créativité, question que le journaliste a posée au chercheur en neurosciences David Linden de l'Université Johns Hopkins, auteur du livre The Compass of Pleasure: How Our Brains Make Fatty Foods, Orgasm, Exercise, Marijuana, Generosity, Vodka, Learning and Gambling Feel So Good. Ce dernier apporte un élément de réponse.

Le chercheur ne croit pas qu'il y ait un lien en soi entre la toxicomanie et la créativité mais plutôt un lien entre la toxicomanie et certaines conditions préalables à la créativité.

Des études sur l'héritabilité de la prédisposition à la toxicomanie, menée avec des familles et des jumeaux, ont montré que 40 % serait déterminée génétiquement. Il n'y a pas de gène unique lié à cette prédisposition, et tous les gènes impliqués ne sont pas connus. Mais ceux qui sont connus ont à voir avec la signalisation de la dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans le plaisir.

Un autre point révélé par les recherches est que les personnes qui développent une addiction ne ressentent pas le plaisir plus intensément que les autres, au contraire. Elles semblent avoir plus envie de la substance (alcool, drogues, nourriture, ...) mais l'aimer moins (comme montré par exemple par des études sur l'obésité, ndlr). Ce qui est attribué à un fonctionnement moindre de la dopamine.

Des variantes génétiques sont liés à ce faible fonctionnement (en affectant un récepteur de la dopamine). Les personnes qui portent ces variantes sont plus susceptibles de prendre plus de risques, de rechercher la nouveauté et d'être compulsives. Des caractéristiques qui pourraient favoriser la créativité, estime le chercheur.

La recherche de nouveauté peut stimuler la créativité. La prise de risque peut amener à aller plus loin dans une direction. Et la compulsion, peut aider à concrétiser un projet. Ces traits, associés à une faible fonction dopaminergique, ont un côté positif et peuvent contribuer à ce que des personnes, comme les chefs d'entreprise, aient un grand succès.

Mais la génétique ne contribue que pour 40%. Il est possible de porter ces variantes génétiques et ne pas être toxicomane tout comme il est possible de ne pas porter ces variantes et être toxicomane.

Se remettre d'une addiction ne modifie pas les gènes, souligne le chercheur. Une personne qui a développé une addiction risque de demeurer vulnérable. La seule chose vraiment connue de la rechute, dit-il, est que le stress est un facteur très important. La rechute ne se produit habituellement pas quand les choses vont très bien.

Le stress est un phénomène biologique. En situation de stress, le corps libère des hormones du stress, qui se lient à des récepteurs dans les circuits du cerveau du système dit de récompense, causant une envie de consommer.

Psychomédia avec source: Scientific American
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