Réponse à: HENNÉ

Âge: 32
Sexe: féminin
La question concerne un problème que vous vivez ? OUI
Considérez-vous ce problème comme étant grave ? SÉRIEUX

Je suis en thérapie depuis 3 ans; toutefois, j'ai - et cela depuis ma tendre enfance- le sentiment d'être toujours "inférieure" aux autres (la moins belle, la moins bien habillée, la moins audacieuse, la moins brillante). Pourtant, je sais, rationnellement, que ce n'est pas le cas (et j'ai eu assez de feedback pour savoir que ce n'est pas ce que je projette).

Toutefois, cela fait en sorte que je ressens souvent un malaise, qui se traduit par de la timidité et également de la comparaison à ceux qui m'entourent, où, évidemment, je me sens constamment la "perdante".

J'aimerais savoir qu'est-ce qui fait que l'on peut entretenir de telles pensées destructrices sur soi-même, et pourquoi est-ce que 3 années de thérapie n'y ont presque rien changé ?

Les idées négatives que vous avez sur vous-même sont des croyances qui, le plus souvent, se développent surtout dans l'enfance. Elles ont été élaborées à partir de vos expériences. Elles sont ancrées et difficiles à modifier.

Ces croyances sont entretenues par des cercles vicieux qui les alimentent et les confirment. Comme on manque de confiance, on a tendance à éviter certaines situations et on développe moins certains types d'habiletés, comme on ne croit pas trop à son potentiel, on entreprend moins de choses (ou on persiste moins) qui représenteraient un défi et rehausseraient notre estime de soi, etc.. Pour améliorer l'estime de soi et la confiance en soi, il est très profitable de s'efforcer de moins éviter, de développer ses habiletés et de réaliser son potentiel. Par ailleurs, les croyances qui sont enracinées depuis si longtemps entraînent des distorsions cognitives dans notre évaluation de la réalité: on a tendance à sous-estimer ses bons coups et qualités et à surestimer ses points faibles; on fait l'inverse quand on évalue autrui, etc.. D'autre part, même si rationnellement on sait que l'on n'est pas inférieur(e), certaines situations continuent à nous amener à se dire des choses qui déclenchent notre sentiment d'infériorité ou notre anxiété (ex.: "Elle va trouver que je ne m'intéresse pas à grand-chose", etc.). Ce sont des pensées automatiques qu'on ne remarque pas toujours. Plus on les remarque, plus on peut les mettre à l'épreuve (Ex.: "Ai-je des preuves?"; "Ma façon de voir est-elle assez nuancée?" etc.) et développer des pensées alternatives à se dire dans ces situations (Ex.: "Ceci ne montre pas que je suis inférieure mais que nos conditions ou nos intérêts sont différents".).

La timidité, le manque de confiance sont des traits de personnalité. Il ne s'agit pas d'un trouble de la personnalité mais ces derniers sont constitués de traits. C'est pourquoi, dans le Dossier Les troubles de la personnalité, section Modèles cognitifs, vous retrouveriez beaucoup de passages qui concernent votre problème, notamment les sous-sections: les schémas (croyances), la rigidité des schémas (processus qui les entretiennent) et la conscientisation des schémas.

Nous recevons beaucoup de questions de gens souffrant de timidité. Il pourrait être intéressant que vous amorciez une discussion sur ce sujet dans notre Forum (section Divers).

Nous vous suggérons de discuter de vos interrogations avec votre psychologue. Est-ce que votre problème d'estime de soi est clairement abordé dans vos rencontres ? Quelle est son approche pour le traitement de ce type de problème ? Quels sont les obstacles qui nuisent à votre progrès ? etc..

Hélène Lebel
Richard Paquette

Psychologues, M.A.
PsychoMédia