Fumer du cannabis à l'âge adulte est rarement associé à des problèmes de santé sérieux et persistants, indiquent les auteurs d'une étude publiée dans la revue Neuropharmacology. Mais en consommer à l'adolescence comporte un risque de devenir dépendant ou de souffrir de troubles psychotiques, dont la schizophrénie.

Didier Jutras-Aswad du Département de psychiatrie de l'Université de Montréal et Yasmin Hurd du centre hospitalier Mount Sinai de New York ont analysé plus de 120 études portant sur l'effet du cannabis sur le cerveau des adolescents et celui de jeunes rongeurs.

Selon les populations observées, jusqu'à 25 % des adolescents qui consomment du cannabis seraient à risque d'en devenir dépendants à l'âge adulte. Chez certains groupes vulnérables, la consommation multiplierait par 4 ou 5 le risque de psychose.

Ces études ne permettent pas d'établir avec certitude un lien de causalité entre la consommation de cannabis et la manifestation ultérieure de troubles psychiatriques ou d'une dépendance mais elles montrent que les effets délétères à long terme semblent plus prononcés lorsque la première exposition survient à l'adolescence plutôt qu'à l'age adulte.

L'augmentation du risque se manifeste chez certains adolescents vulnérables en raison de la présence de facteurs psychologiques, environnementaux et neurobiologiques, estime le Dr Jutras-Aswad.

De 30 à 80 % de la variation du risque serait liée à des facteurs génétiques qui prédisposeraient à devenir accros ou à souffrir d'une maladie mentale à l'âge adulte.

Une étude publiée par le chercheur en 2012 montrait que chez les adolescents, les prédispositions génétiques combinées avec des affects négatifs (anxiété, dépression) multiplient par 8 ou 9 le risque de devenir dépendant à l'âge adulte.

Sur le plan psychologique, l'impulsivité et l'agressivité seraient des signes avant-coureurs d'un risque accru, surtout si elles apparaissent dès l'enfance.

Sur le plan environnemental, les milieux familial et social peuvent influencer la consommation "notamment si ces milieux encouragent la consommation et ne permettent pas d'élaborer des stratégies d'adaptation et de tisser des liens sociaux productifs", ajoute le chercheur.

L'ingrédient actif du cannabis, le tétrahydrocannabinol (THC), agit principalement sur deux récepteurs chimiques du cerveau, soit les récepteurs CB1 et CB2. Les récepteurs CB1 en particulier sont présents dans les zones du cerveau associées à l'apprentissage, la recherche de récompenses, la motivation, la prise de décision, l'acquisition d'habitudes et les fonctions motrices.

"Le cannabis a le potentiel d'influer sur le développement à long terme du cerveau, dont la structure change rapidement au cours de l'adolescence", souligne le chercheur. Or la teneur en THC du cannabis aurait triplé ces 40 dernières années.

"Si l'on souhaite légaliser ou décriminaliser la marijuana", estime-t-il, "il faudra tenir compte qu'une proportion non négligeable d'adolescents y est vulnérable et être en mesure de mieux dépister et traiter les jeunes les plus à risque, le cas échéant".

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