Pensée magique et superstition, nuisibles chez l'adulte? PsychoMédia
- Publié le 27 janvier 2007
La pensée magique et la superstition consistent à interpréter un
événement comme étant la cause d'un autre sans qu'il n'y ait de
mécanisme plausible qui puisse expliquer le lien de cause à effet.
Interpréter un signe n'ayant aucun rapport avec une situation comme
étant de bon augure et penser que la force de la pensée seule peut
influencer le cours des choses (par exemples, provoquer le gain à un jeu de hasard, jeter un mauvais sort à quelqu'un ou encore
penser que l'anxiété en elle-même prévient le danger) sont des exemples de pensée magique.
La pensée magique se retrouve chez chacun à différents niveaux. Pour
la plupart, elle est le plus souvent sans conséquences négatives (ou
presque) car elle ne constitue pas un mode de fonctionnement dominant
et n'empêche pas (ou peu) les modes de pensée plus efficaces pour la
compréhension et l'adaptation.
Cependant, pour une partie de la population, un manque de conscience
par rapport à la pensée magique peut rendre vulnérable vis-à-vis
certains systèmes organisés de croyances magiques et susceptible de se retrouver victime de charlatanisme et/ou de sectes.
Développée à l'extrême, la pensée magique peut aussi représenter un
problème de santé mentale. Par exemple dans le trouble obsessionnel
compulsif les rituels superstitieux (ex. se laver plusieurs fois les
mains pour éviter la contamination, exécuter des rituels mentaux afin
d'éloigner un danger) prennent une place qui nuit considérablement
à l'adaptation.
Dans un article du New York Times, Benedict Carey présente la
perspective de quelques spécialistes sur la pensée magique.
L'attrait pour les croyances magiques reposerait, selon Pascal Boyer,
psychologue et anthropologue à l'Université de Wahington à St-Louis,
sur la circuiterie du cerveau. Croire que ses propres pensées ou un
rituel ont un pouvoir, ou encore qu'un signe fortuit est de bon
augure, aurait pour fonction de rassurer, de réduire les craintes du
quotidien et d'éviter ainsi une certaine détresse. En excès,
précise-t-il, la pensée magique peut conduire à la compulsion ou au
délire. Selon Boyer, un système du cerveau serait spécialisé pour
réagir à certaines circonstances en produisant une explication
magique.
Pour Jacqueline Woolley psychologue à l'Université du Texas, la pensée
magique est soutenue culturellement. Vers l'âge de 3 ans, les enfants
sauraient la différence entre fantaisie et réalité, bien que croyant
encore, avec l'encouragement des adultes au père Noël et à la fée
des dents. Vers l'âge de 7 ou 8 ans, au
plus tard, ils ont mis de côté ces croyances et la ligne entre réalité
et magie est à peu près aussi claire pour eux que pour les adultes.
Cette culture de la pensée magique pourrait rendre particulièrement
apte à adopter des systèmes de croyances magiques sectaires ou
ésotériques.
Emily Pronin, professeur de psychologie à Princeton, a réalisé une
recherche qui montrait que plusieurs fans du Super Bowl se sentaient
responsables, par leur ferveur, de la victoire ou de la défaite.
Pourquoi les gens ont-ils l'illusion d'un pouvoir? "Je crois, dit
Pronin, que c'est en partie parce que nous sommes constamment exposés
à nos pensées. Ces dernières nous sont tellement apparentes que nous
sous-estimons leur connection avec les événements extérieurs."
Daniel M. Wegner, professeur de psychologie à Harvard, et des
collègues ont réalisé une recherche qui montrait que des jeunes
adultes étaient prêts à croire au mauvais sort jeté par les poupées
vaudou.
"Pour les gens qui sont généralement incertains de leur propres
habiletés, ou lents à agir parce qu'ils se sentent inadéquats,
croit-il, ce type de pensée peut être un antidote".
La pensée magique serait plus présente précisément quand les gens se
sentent le plus impuissants et en détresse. Giora Keinan, une
professeure à l'Université de Tel Aviv, a envoyé des questionnaires à
174 Israéliens après les attaques de missiles iraquiens durant la
guerre du golf de 1991. Ceux qui rapportaient les niveaux les plus
élevés de stress étaient les plus susceptibles d'endosser des
croyances magiques (ex. entrer dans un abri du pied droit protège
mieux, la présence dans l'abri de personnes dont les maisons ont été
détruites porte malchance).
Les études suggéreraient que la pensée magique n'amènerait la détresse
mentale qu'en cas d'utilisation extrême.
Les gens souffrant de trouble obsessionnel-compulsif, par exemple,
sont souvent presque paralysés par la croyance qu'ils doivent réaliser
des rituels élaborés comme se laver les mains ou dire des prières
spéciales pour éviter la contamination ou un désastre.
Ceux pour qui les pensées magiques peuvent se développer en véritable
délire ou psychose semblent faire partie d'un groupe fondamentalement
différent, selon Mark Lenzenweger, professeur de psychologie cognitive
et de neuroscience de l'Université d'état de New York. "Il s'agit de
gens pour qui la pensée magique est une partie centrale de leur vision du monde. Tandis que la plupart des gens, si vous les confrontez sur
leurs croyances magiques, vont reconnaître que leur croyance n'a pas
de sens", dit-il.
Psychomédia avec source:
Benedict Carey, Do You Believe in Magic? New York Times, 23 janvier
2007