L'efficacité des antidépresseurs surestimée PsychoMédia
- Publié le 18 janvier 2008
Les fabriquants d'antidépresseurs ont tendance à ne publier que les résultats des
essais cliniques qui donnent des résultats positifs, ce qui donne une fausse image
aux médecins et aux consommateurs de l'efficacité réelle de ces médicaments pour le traitement de la dépression, selon
une analyse parue dans le New England Journal of Medicine.
Dans les essais dont les résultats sont publiés, environ 60% des gens qui prennent un
antidépresseur rapportent un soulagement significatif des symptômes de la dépression
comparativement à environ 40% de ceux qui prennent un placebo (c'est-à-dire qui
prennent un produit inactif alors qu'ils croient prendre un antidépresseur).
Mais quand les essais moins positifs, non publiés, sont pris en considération, l'avantage des antidépresseurs diminue: ils sont plus efficaces que les placebos mais
par une marge modeste, conclut le rapport.
Selon les analyses de Dr Erick H. Turner, de l'Oregon Health and Science University et ses
collègues, l'efficacité des antidépresseurs, si l'on tient compte de l'ensemble des
résultats incluant ceux qui n'ont pas été publiés, serait inférieure à ce que prétendent les recherches individuelles de 11% à
69%.
Parmi 74 essais cliniques, portant sur 12 antidépresseurs, soumis à la Food and Drug
Administration (FDA) par des compagnies pharmaceutiques faisant une demande
d'autorisation de mise en marché, 31 % n'ont jamais été publiés dans des revues
médicales parce que leurs résultats ne démontraient pas une efficacité significative
ou une innocuité satisfaisante.
Parmi les études ayant donné des résultats négatifs ou discutables, 89 % n'ont pas été publiées ou l'ont été avec une présentation des résultats sous un jour favorable.
Dans les essais publiés dans les revues scientifiques, 94 % ont abouti à des résultats positifs. Alors que l'analyse par la
FDA de toutes les études effectuées sur ces antidépresseurs, incluant celles qui ne sont pas publiées, indique que seulement 51 %
d'entre elles ont donné des résultats positifs.
Ce phénomène, est dénoncé depuis une quinzaine d'années par certains chercheurs et a
fait les manchettes des journaux en 2004 lorsque le ministre de la Justice de l'État
de New York a intenté un procès au fabriquant GlaxoSmithKline pour avoir
caché des informations sur les résultats d'essais du Paxil (Deroxat) raconte le Dr Turner.
La compagnie a finalement été condamnée à une amende et obligée à rendre publics sur
son site Web les résultats de tous les essais cliniques qui avaient été effectués
avec cet antidépresseur.
Selon le DR. David Cohen, professeur à l'École de travail social de l'université
internationale de Floride et chercheur au GEIRSO-UQAM, interrogé par Le Devoir,
«cela veut dire qu'une étude sur deux montre que l'antidépresseur est aussi bon que
le placebo. Or il faut aussi prendre en considération le fait que les études ont
souvent un biais en faveur du médicament. Les études sont méthodologiquement faites
pour que le médicament ressorte comme étant supérieur au placebo.»
«On use de diverses manoeuvres pour que le médicament apparaisse sous un jour le plus
favorable possible. Par exemple, on exclut souvent les personnes qui répondent très
bien au placebo au tout début de l'étude afin de rehausser les résultats potentiels
positifs que l'on attribuera au médicament».
«Malgré tout cela, la moitié des études n'arrivent pas à démontrer la supériorité de
l'antidépresseur par rapport au placebo. L'antidépresseur moderne est un placebo
commercialisé avec une publicité. Il a peut-être un effet psychotrope, mais celui-ci
est augmenté par la publicité qui réverbère partout, par les cliniciens qui sont
optimistes et par l'attente créée chez le patient», lance David Cohen.