Lisa Feldman Barrett de l'Université Northeastern (É.-U.), professeure en psychologie et en neuroscience, a répondu à la question du magazine Edge : quelle récente actualité scientifique considérez-vous la plus intéressante ? La théorie du cerveau prédictif plutôt que réactif, répond-elle.

« Pendant de nombreuses années, les scientifiques croyaient que les neurones passaient la plus grande partie du temps en dormance et ne s'activaient que lorsqu'ils étaient stimulés (par une vue, un son…), explique-t-elle. »

« Maintenant, nous savons que tous les neurones sont constamment activés, se stimulant les uns les autres à divers rythmes. Cette activité cérébrale intrinsèque est l'une des grandes découvertes récentes en neurosciences. »

Cette activité représente « des millions de prédictions de ce que vous êtes susceptibles de rencontrer dans le monde, basées sur l'expérience passée de toute votre vie ».

« De nombreuses prédictions sont à un niveau “micro”, concernant la signification de “bits” de lumière, de son, et d'autres informations sensorielles. Chaque fois que vous entendez une parole, votre cerveau décompose le flux sonore continu en phonèmes, syllabes, mots et idées par prédiction. »

« D'autres prédictions sont à un niveau macro. Vous interagissez avec une amie et, en fonction du contexte, votre cerveau prédit qu'elle va sourire. Cette prédiction amène vos neurones moteurs à bouger la bouche à l'avance pour sourire en retour, et votre mouvement fait que le cerveau de votre amie fait de nouvelles prédictions et actions (...). Si les prévisions sont erronées, votre cerveau a des mécanismes pour les corriger et en émettre de nouvelles. »

« Le cerveau prédictif va changer la façon dont nous nous comprenons, puisque la plupart des expériences de psychologie supposent toujours que le cerveau est réactif », dit-elle.

« De nouvelles données suggèrent que les pensées, les sentiments, les perceptions, les souvenirs, la prise de décision, la catégorisation, l'imagination, et bien d'autres phénomènes mentaux qui sont historiquement traités comme des processus cérébraux distincts, peuvent tous être unis par un seul mécanisme », la prédiction.

Ajoutons que les modèles de fonctionnement prédictif du cerveau sont d'un grand intérêt pour l'intelligence artificielle. Les techniques dites d'apprentissage profond qui ont permis les développements récents dans le domaine reposent essentiellement sur un modèle prédictif. La capacité de prédiction est nécessaire afin de limiter le nombre de pistes à explorer dans diverses situations (comme illustré dans les applications de jeux tels que d'échec et de go).

En tentant d'imiter le cerveau, les chercheurs savent qu'ils utilisent une approche que la nature a déjà démontré être capable de générer un comportement intelligent, soulignait Demis Hassabis, vice-président chez Google DeepMind lors d'un forum intitulé « Is the Brain a Predictive Machine ? » (janvier 2015) auquel participait aussi le neuroscientifique Karl Friston, penseur influent de cette nouvelle théorie.

Psychomédia avec sources : Edge, lsneuron, Sergio Graziosi's Blog.
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