Créé au début de la pandémie de COVID par un couple vivant à Singapour, le site WindowSwap invite à « ouvrir une nouvelle fenêtre quelque part dans le monde ».

Une vidéo de 10 minutes, sélectionnée au hasard apparaît, identifiée uniquement par le prénom du vidéaste et le lieu. « L'effet est hypnotisant et addictif », commente le « New Yorker ».

Les créateurs, Sonali Ranjit et son conjoint Vaishnav Balasubramaniam, décrivent leur plateforme comme un endroit où les gens avides de voyages partagent les vues de leurs fenêtres pour s'aider mutuellement à se sentir un peu mieux jusqu'à ce que nous puissions à nouveau voyager.

Au 3 octobre, le site disposait d'environ 6 000 vidéos postées par des utilisateurs d'environ 175 pays, a rapporté la CBC. Chaque semaine, environ 130 vidéos sont présentées et cette sélection est actualisée en permanence. L'utilisateur peut se promener rapidement d'une vidéo à l'autre ou encore visionner en boucle celles qui lui plaisent.

Les gens utilisent le site de manières que les créateurs n'auraient pas imaginé, ont-ils expliqué, relayés par la CBC.

« L'un des messages les plus intéressants que nous avons reçus est celui d'un infirmier travaillant dans un hospice. Il nous a beaucoup remercié pour ce contenu lent que toutes ces personnes âgées pouvaient regarder, et qui pourrait constituer les dernières vues qu'elles auraient du monde extérieur », a rapporté Balasubramaniam.

« Il y a une certaine intimité dans l'expérience de Window Swap ; vous entrez dans le logement - et la vie - d'un parfait étranger, souvent à l'autre bout de la planète », note la CBC. « C'est un espace étrange, liminal : vous êtes sur le seuil, vous avez été invité à entrer mais vous n'êtes pas physiquement là, et votre vue est limitée à ce que votre hôte voit à l'extérieur de la fenêtre. »

Pour Ranjit, l'aperçu de vies vécues à l'autre bout du monde évoque un puissant sentiment de « sonder » (anglais), un mot créé par John Kœnig, figurant dans son « Dictionary of Obscure Sorrows » (1). Sonder est défini comme étant « la prise de conscience que chaque passant pris au hasard vit une vie aussi intense et complexe que la vôtre - avec ses propres ambitions, ses amis, ses routines, ses soucis et sa folie héritée - une histoire épique qui se poursuit invisiblement autour de vous comme une fourmilière s'étendant profondément sous terre, avec des passages élaborés vers des milliers d'autres vies dont vous ne soupçonnerez jamais l'existence, dans lesquelles vous pourriez n'apparaître qu'une seule fois, comme sirotant un café en arrière-plan, comme un flou de circulation passant sur l'autoroute, comme une fenêtre éclairée au crépuscule ».

« Nous n'y avions pas pensé lorsque nous avons lancé le site web », explique Ranjit, « mais une fois que nous avons commencé à recevoir toutes ces vues du monde entier, quelque chose d'étrange nous envahit lorsque nous regardons tous ces bribes personnelles de la vie des gens. Et j'ai réalisé que c'était cela - ce que j'ai entendu quelque part, appelé “sonder”. »

« En regardant par la fenêtre d'un étranger, vous pourriez développer une certaine parenté étrange avec la personne qui y vit : en admirant les affiches sur le mur, en regardant la magnifique variété de plantes, et en vous demandant ce que cela doit être de regarder les rails du train de Tokyo depuis la fenêtre de votre salon. » (Confinement : les activités culturelles diminuent le sentiment d'isolement)

« Beaucoup de gens disent qu'ils utilisent Window Swap comme deuxième écran pendant qu'ils travaillent, simplement pour relaxer et se concentrer sur le travail », rapporte Balasubramaniam.

Il se souvient d'être personnellement tombé sur une fenêtre de rêve qu'il a laissé tourner en boucle, une vue magnifique d'Italie avec une musique classique apaisante qui jouait en arrière-plan.

Passer le temps en confinement : suggestions et ressources (site StopBlues de l'Inserm)

Pour plus d'informations, voyez les liens plus bas.

(1) « The Dictionary of Obscure Sorrows » (« Dictionnaire des douleurs obscures ») est un site Web et une chaîne YouTube, créé par John Kœnig, qui définit des néologismes pour les émotions qui n'ont pas de terme descriptif.

Psychomédia avec sources : CBC, The New Yorker, The Dictionary of Obscure Sorrows.
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