L'efficacité du baclofène contre l'alcoolisme bientôt testée en France

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Un étude clinique pour évaluer l'efficacité du baclofène (Lioresal et génériques) contre la dépendance à l'alcool devrait débuter en France en décembre ou janvier prochains.

Le baclofène est un médicament ancien, un relaxant musculaire (myorelaxant), autorisé depuis 1975 dans le traitement des spasmes musculaires d'origine cérébrale ou survenant au cours d’affections neurologiques telles que la sclérose en plaques ou certaines maladies de la moelle épinière. Il est de plus en plus utilisé hors AMM (autorisation de mise sur le marché) dans le traitement de la dépendance à l'alcool depuis la publication en 2008, du livre Le dernier verre d'Olivier Ameisen, cardiologue qui y racontait son expérimentation de ce médicament pour traiter son propre alcoolisme.

C'est en raison d'une analogie structurale avec le neurotransmetteur GABA, dont le rôle serait important dans les addictions, que le bacoflène pourrait être efficace contre l’alcoolo-dépendance.

Le Pr Pr Philippe Jaury de l'Université Paris-Descartes, qui coordonnera cette étude, observe depuis un an déjà les effets du bacofléne sur ses patients: 20% d'entre eux ont diminué leur consommation d'alcool à un niveau acceptable, et 45% sont abstinents.

Une évaluation scientifique de cette utilisation du médicament est réclamée depuis longtemps, notamment par la Fédération française d'addictologie et l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie. Le lancement d'une telle étude achoppait sur le financement, l'industrie pharmaceutique n'étant pas intéressée puisque la molécule est passée dans le domaine public en 1997.

L'essai prévu, qui comparera pendant un an le bacoflène à un placebo (produit inactif), est un Programme hospitalier de recherche clinique, financé par des fonds publics. Il sera conduit avec 300 personnes réparties dans huit centres. Le critère d'efficacité ne sera pas seulement l'abstinence mais aussi la consommation dite normale.

Le baclofène, précise le professeur, permet aux personnes dépendantes de l'alcool de se détacher de la boisson mais ne remplace pas le travail psychologique indispensable à faire en complément.

Comme l'expliquait le Pr Patrice Couzigou (du CHU de Bordeaux) au Figaro en mars 2010, "le problème n'est pas tant d'avoir une vie sans alcool que de trouver un nouvel équilibre dans sa vie, sans alcool. Or ce n'est pas et ce ne sera jamais possible avec une simple prescription médicamenteuse. Il faut remplacer la dépendance à l'alcool, néfaste, par d'autres dépendances plus positives (sport, loisirs, musique, etc.) en fonction des centres d'intérêt de chacun", Le médicament ne peut apporter qu'une aide supplémentaire.

Les médecins n’ont actuellement pas une interdiction de prescrire ce médicament hors AMM. Ils prennent simplement la responsabilité de poursuites en cas d’éventuels problèmes, précise Le Parisien.

  • En juin dernier, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a émis un avis dans lequel elle mettait en garde contre l'utilisation de ce médicament dans le traitement de l’alcoolodépendance car les bénéfices ne sont pas scientifiquement démontrés et les effets secondaires dans cette indication, où les doses sont le plus souvent supérieures à celles évaluées et autorisées, sont limitées. L'agence spécifiait que le médicament doit être utilisé avec précaution chez les patients insuffisants hépatiques ou insuffisants rénaux, ayant des antécédents d'ulcère gastrique ou duodénal, de troubles rénaux, de troubles psychotiques, d'états confusionnels, de dépression, d'affection vasculaire cérébrale ou d'insuffisance respiratoire.

Olivier Ameisen, auteur du Dernier verre, a son idée sur les raisons de la "frilosité des autorités sanitaires", rapporte Le Parisien: « Le vrai problème du baclofène, c’est que c’est un générique qui ne coûte rien et ne rapporte de l’argent à personne. Et qu’il remet en cause le bien-fondé des centres d’addictologie tant privés que publics desquels la plupart des alcooliques ressortent toujours aussi accros à la boisson. »

En 2010, l'Afssaps a recensé près de 20 000 prescriptions de Liorésal de plus qu'en 2009, a indiqué Dre Annie Rapp à Rue89. Elles seraient, compte tenu des posologies utilisées, probablement en rapport avec la dépendance à l'alcool. Au total, 100 000 personnes prendraient du bacoflène en France.

  • Les médicaments actuellement utilisés en France pour le traitement de l'alcoolo-dépendance sont l'Espéral, l'Aotal et le ReVia. D'autres médicaments en cours d'essai clinique sont le Naltrexone, le Nalmefene, le Topiramate et le Zophren, indiquait en février dernier le Pr Aubin (Unité Inserm 669/Groupe hospitalier Emile Roux) sur le site de l'Inserm.

L'Express, Le Parisien, Le Figaro
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