Les crimes d'honneur encore fréquents en Turquie malgré la législation

"En Turquie, des femmes, essentiellement kurdes, sont encore victimes de cette «coutume» consistant à tuer celle qui a souillé le «namus», l'honneur de la famille. La condamnation à mort est généralement décidée après un viol, une relation hors mariage, une rumeur ou un comportement jugé transgressif, comme le simple fait de se promener dans la rue avec un homme. Selon les statistiques officielles, 250 femmes ont perdu la vie au nom de cette «tradition» ces six dernières années. Mais ces meurtres, couverts par le clan, demeurent largement sous-estimés.
Entré en vigueur en juin 2005, le nouveau Code pénal turc a renforcé les peines contre les auteurs de ces crimes, qui risquent désormais l'emprisonnement à vie. Les circonstances atténuantes pour cause de «provocation» très généreusement accordées par les juges ont été supprimées. Mais la réforme législative, votée sous la pression de l'Union européenne et des associations féministes turques, n'a pas encore eu l'effet escompté. Elle pourrait même être à l'origine de faux suicides visant à échapper au durcissement législatif, avancent des associations de défense de droit des femmes. «Des familles mettent la pression sur la fille en lui répétant : «Si tu te tues, tu éviteras la prison à ton frère», estime Nilufer Yilmaz.

L'ampleur du phénomène est difficile à cerner. Une enquête du psychiatre Aytekin Sir, professeur à l'université de Diyarbakir, révèle que plus du tiers des personnes interrogées approuvent le crime d'honneur dans une affaire d'adultère et que 3,3% estiment qu'il faut forcer la fautive à se suicider.

«Avant, on savait lorsqu'un crime d'honneur avait lieu car les familles pouvaient agir en toute impunité, explique Sultan Yel, coordinatrice de Selis, le centre d'accueil pour les femmes de la ville de Batman. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. On se pose des questions : faut-il établir un lien avec la forte augmentation de suicides ?»

(...) Une vague de suicides frappe la population féminine de Batman, notamment les adolescentes. Cette ville de 250 000 habitants, au sud-est, a connu son dernier pic au printemps : 22 jeunes filles se sont donné la mort en moins d'un mois.

(...) D'autres villes dans les provinces du sud-est du pays, comme Van ou Sanliurfa, souffrent des mêmes maux que Batman. L'ONU, alertée par ces «suicides», a diligenté une enquête dans la région en mai dernier. Yakin Erturk, rapporteur des Nations unies sur la violence contre les femmes, a estimé à la fin de sa tournée que certains faits exposés n'étaient pas «des suicides ordinaires», ajoutant que «les autorités devraient être très méticuleuses dans l'examen des cas suspects».

Mais les déclarations de décès provoqués par des accidents de tracteur ou des défenestrations donnent rarement lieu à des investigations. "

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Psychomédia avec sources: Le Figaro.