Dans un livre paru le mois-dernier, The Psychopath Inside, le chercheur en neurosciences James Fallon raconte avoir découvert qu'il avait le cerveau et les gènes d'un psychopathe.

Il examinait, rapporte le site Smithsonian, des images du cerveau (scan) de tueurs en série, dans le cadre d'un projet de recherche à l'Université de Californie à Irvine, afin d'identifier des patterns anatomiques liés aux tendances psychopathes dans la vie réelle. Il les comparait à des scans de personnes schizophrènes, déprimées, atteintes d'autres troubles mentaux et normales.

Il menait également une étude sur la maladie d'Alzheimer dans le cadre de laquelle il avait aussi sur son bureau des scans de son propre cerveau et de membres de sa famille. Arrivé au bas de cette pile, raconte-t-il, il "a vu ce scan qui était manifestement pathologique". Il présentait une faible activité dans certaines zones des lobes frontaux et temporaux liées à l'empathie, la moralité et la maîtrise de soi. Ses vérifications ont abouti à "une révélation troublante": le cerveau psychopathique était le sien.

"Je n'ai jamais tué personne, ou violé quelqu'un" dit-il. "Donc, la première chose que j'ai pensé était que peut-être mon hypothèse était fausse, et que ces zones du cerveau ne reflètent pas la psychopathie ou le comportement meurtrier".

Mais les résultats de tests génétiques ont montré qu'il portait tous les allèles connus pour être liés à risque élevé d'agression, de violence et faible empathie tels qu'une variante du gène MAO-A.

Finalement, suite à des recherches supplémentaire sur la psychopathie, il a conclu qu'il était vraiment un psychopathe, d'un type relativement bon, que lui-même et d'autres appellent un "psychopathe pro-social", quelqu'un qui a du mal à ressentir une véritable empathie pour les autres, mais qui maintient tout de même son comportement à peu près dans les limites socialement acceptables.

La découverte n'était pas tout à fait un choc, admet-il, car il a toujours été conscient d'être quelqu'un particulièrement motivé par le pouvoir et la manipulation des autres. De plus, sa famille comprend 7 meurtriers présumés, incluant Lizzie Borden, célèbre accusée du meurtre à la hache de son père et de sa belle-mère en 1892.

Mais le fait qu'une personne ayant les gènes et le cerveau d'un psychopathe puisse devenir un scientifique non-violent, stable et qui réussit l'a amené à reconsidérer l'ambiguïté du terme psychopathie. Ce n'est pas tous les psychopathes qui tuent; certains, comme Fallon, présentent d'autres types de comportements psychopathes.

Pourquoi a-t-il pu tempérer son comportement, alors que d'autres deviennent violents et finissent en prison? Fallon qui croyait auparavant au déterminisme génétique croit maintenant que son enfance a contribué à l'empêcher "de prendre un chemin plus effrayant".

"J'étais aimé, et ça m'a protégé" dit-il. En partie à cause d'une série de fausses couches qui ont précédé sa naissance, il a reçu beaucoup d'attention de ses parents.

Il y a aussi un troisième ingrédient, souligne-t-il, en plus de la génétique et de l'environnement: le libre arbitre. "Depuis que j'ai trouvé tout cela", dit-il, "j'ai fait un effort pour essayer de changer mon comportement". "J'ai fait plus consciemment des choses qui sont considérées comme la bonne chose à faire, et pensé plus aux sentiments des autres".

Mais, ajoute-t-il, "en même temps, je ne fais pas cela parce que je suis bien tout à coup, je le fais à cause de l'orgueil, parce que je veux montrer à tout le monde et à moi-même que je peux retirer cette influence."

Psychomédia avec source : Smithsonian.com.
Tous droits réservés