Polémique sur les risques du dépistage du cancer du sein (Livre: No Mammo ?)

Dans son livre No Mammo ?, à paraître ce jeudi, Rachel Campergue déplore que les femmes ne reçoivent pas toute l'information pertinente pour prendre une décision éclairée concernant la mammographie de dépistage du cancer du sein dont l'opération Octobre rose fait notamment la promotion. Le programme de dépistage, lancé en 2004, offre aux femmes de 50 à 74 ans la possibilité de passer une mammographie gratuite tous les deux ans.

"On incite les femmes à aller faire des mammographies de façon systématique sans dialoguer avec elles. Et si certaines sont réticentes, on les ostracise. C'est du paternalisme !", estime-t-elle.

Le risque de la mammographie, c'est le surdiagnostic et le surtraitement. Certaines tumeurs se résorbent d'elles-mêmes ou évoluent si lentement qu'elles n'ont pas le temps de devenir dangereuses. Par ailleurs, des tumeurs ayant le potentiel de devenir mortelles ne sont pas détectées.

L'auteur de la préface, le Dr Bernard Junod, ancien chercheur de l'École des hautes études de santé publique de Rennes (EHESP), tient des propos plus tranchés que ceux de Mme Campergue : "Le dépistage du cancer du sein n'a fait que développer les surdiagnostics. Il ne sert à rien. Il est même nocif pour la santé des femmes. Des études ont montré que plus on intervient tôt sur un cancer, plus on accélère le développement des métastases."

La présidente de l'Institut national du cancer (INCa), Agnès Buzyn, a un point de vue opposé: "Si un cancer du sein est détecté tôt, la patiente a neuf chances sur dix d'en guérir. Les traitements seront aussi d'autant moins lourds et mutilants". Depuis cette année, l'INCa mentionne sur sa brochure qu'il existe un risque de surdiagnostic, ce qu'applaudit Mme Campergue.

  • Les programme de dépistage par mammographie du cancer du sein auraient très peu d'impact sur la mortalité, selon une étude européenne publiée en juillet 2011 dans le British Medical Journal qui comparait les taux de prévalence de cancer du sein dans des pays ayant des systèmes de santé comparables mais offrant ou non un programme de dépistage.

  • Les objectifs des campagnes de sensibilisation n'ont pas suivi les avancements de la recherche sur le cancer du sein, considère le Dr. H. Gilbert Welch dont les propos étaient rapportés par le Los Angeles Times en octobre 2010. Parce qu'il n'est actuellement pas possible d'évaluer quelles tumeurs sont bénignes ou dangereuses, expliquait-il, toutes sont donc traitées comme si elles étaient dangereuses. Or, précisait-il, les tests de dépistage comme les mammographies et l'auto-examen sont plus aptes à trouver les cancers indolents (des tumeurs qui ne causeraient jamais de problème). Un article publié en septembre 2010 dans le New England Journal of Medicine estimait que pour chaque vie sauvée par une mammographie de dépistage, 5 à 15 autres femmes sont inutilement diagnostiquées et traitées.

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