À quel point les gens mentent-ils sur les sites de rencontres?

Selon le psychologue Robert Epsein, il ne serait pas rare que des gens, rencontrant pour la première fois quelqu'un avec qui ils ont discuté en ligne sur un site de rencontres, se retrouvent devant une personne qui ne correspond pas aux photos qu'elle a fait parvenir, qui sont carrément des photos d'une autre personne.

Selon une étude de Jeana Frost de l'Université de Boston, 20% des utilisateurs de sites de rencontres admettent mentir; 90% d'entre eux croient que les autres mentent, ce dernier chiffre étant possiblement plus révélateur.
Plusieurs recherches en psychologie sociale ont recueilli des mesures objectives, plus fiables, de la tromperie en ligne. Ces mesures donnent un aperçu du phénomène sans en couvrir toute la variété.

Jeffrey Hancock et Nicole Ellison ont rencontré des membres de sites de rencontres afin de mesurer leur grandeur et leur poids et comparer ces données avec leurs déclarations dans les profils de membre de ces sites.

En moyenne les gens avaient déclaré 5 livres (2.2 kilos) de moins et 1 pouce (2.4 cm) de plus. Cela semble peu mais plus les gens étaient courts et en surpoids, plus ils avaient falsifié la réalité.

Selon une recherche de l'Université de Chicago comparant les profils en ligne et les données du recensement, il semblerait que la falsification du poids par les femmes est de plus en plus importante à mesure qu'elles prennent de l'âge : 5 livres de moins dans la vingtaine, 17 livres dans la trentaine et 19 livres dans la quarantaine.

Pour les hommes les domaines majeurs de tromperie qui ont été identifiés sont, dans l'ordre, le niveau d'éducation, les revenus, la grandeur, l'âge et le statut marital. Pour les femmes, ces domaines sont principalement le poids, l'apparence physique et l'âge.

L'ensemble des recherches sur le sujet montre l'importance de l'apparence physique et les gens interprètent l'absence de photo négativement. Selon un récent sondage, les hommes dont les profils ne contiennent pas de photos n'obtiennent que le quart des réponses de ceux qui ont mis leurs photos. Pour ce qui est des femmes, elles n'obtiennent que le sixième.

Pourquoi ces inexactitudes?

Selon une théorie formulée au début des années 1990 par Sara Kiesler et ses collègues de l'Université Carnegie Mellon, les gens se croient anonymes et ainsi non assujettis aux normes sociales. Par ailleurs, il n'y a pas, dans la communication en ligne, d'indices ou de conséquences tangibles (froncements de sourcils, gestes, etc.) pour aider à ajuster les comportements.

Les gens tendent alors à construire ce que Ellison et ses collègues appellent un "soi idéal" plutôt que réel. Une recherche récente par Ellison et ses collègues indique que les gens regrettent souvent d'avoir dit la vérité, considérant que trop d'honnêteté donne une mauvaise impression.

Il y aussi les raisons pratiques de mentir. Une recherche récente montre que les hommes qui prétendent gagner plus de $250.000 par année reçoivent 151% plus de réponses que ceux qui disent gagner moins de $50.000 par exemple.

Plusieurs femmes se rajeunissent, quitte à expliquer dans le texte de leur profil qu'elles se sont rajeunies pour être certaines que leurs fiches sortent, les hommes mettant souvent une limite d'âge dans leurs recherches.

Il est possible de constater les seuils au-delà desquels les femmes et les hommes sont réticents à admettre leur âge. Une recherche de Robert Epsein et Rachel Greenberg dans la base de données du site Match.com montre des pointes (qui défient les possibilités réelles du hasard). Chez les hommes, il y a un surplus de membres de 32 et 36 ans.

Chez les femmes, des pointes sont observées à 29, 35 et 44 ans, le nombre de femmes affirmant avoir 29 ans étant 8 fois plus élevé que les probabilités statistiques.

Un problème des méga sites de rencontres selon Ellison et d'autres chercheurs est que les rencontres se font dans un complet isolement social. Des pistes de solution consistent à mieux impliquer les communautés des sites. Les sites de rencontres font des pas dans ce sens en permettant des commentaires publics sur la politesse et l'honnêteté des membres rencontrés. Des sites comme Facebook, Friendster et Myspace, qui ne sont pas strictement des sites de rencontres et qui attirent surtout les jeunes, impliquent davantage la communauté.

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DOSSIER : Sexualité et couple

Sondage : Si vous avez fréquenté des sites de rencontres, qu'est-ce qui décrirait le mieux votre expérience ?

PsychoMédia avec source: "The hype is huge, and the findings are somewhat disturbing--but the future of online dating looks good", Robert Epstein, Scientific American.