La plupart des nouveaux médicaments présentent peu de bénéfices supplémentaires et des risques mal évalués

Les incitations et les protections offertes à l'industrie pharmaceutique encouragent le développement de nombreux médicaments qui présentent peu de nouveaux bénéfices par rapport aux médicaments existants mais comportent des risques de préjudices graves pour les utilisateurs, selon une analyse du sociologue Donald Light, professeur en politique de santé à l'University of Medicine and Dentistry du New Jersey, présentée au congrès annuel de l'American Sociological Association.

L'industrie pharmaceutique est un marché qui favorise la production de "citrons", dit-il, "un marché où le vendeur en sait beaucoup plus que l'acheteur sur le produit et peut tirer profit de la vente de produits moins efficaces et moins sûrs que les consommateurs sont amenés à croire".
"Parfois, les compagnies pharmaceutiques cachent ou minimisent des informations sur de graves effets secondaires des nouveaux médicaments et surestiment les avantages des médicaments", dit-il. "Puis, ils dépensent deux à trois fois plus en marketing qu'en recherche pour convaincre les médecins de prescrire ces nouveaux médicaments. Les médecins peuvent obtenir des informations trompeuses et ensuite désinformer les patients sur les risques d'un nouveau médicament." (Voyez: Nécessité de diminuer l'influence des labos sur les médecins (Inspection générale des affaires sociales, France, 2007))

Trois raisons pour lesquelles le marché pharmaceutique produit des «citrons» sont les suivantes, dit-il:
    - les essais de nouveaux médicaments sont à la charge des compagnies pharmaceutiques elles-mêmes;
    - des pare-feu de protection juridique permettent de cacher l'information sur l'efficacité ou les effets dommageables;
    - et la barre fixée d'efficacité pour que des médicaments soient approuvés est relativement basse.
Des examinateurs indépendants ont constaté, rapporte-t-il, qu'environ 85 % des nouveaux médicaments offrent peu ou pas de nouveaux bénéfices. Mais, les effets secondaires toxiques ou le détournement de médicaments d'ordonnance font qu'ils sont maintenant une cause importante de décès aux États-Unis.

Dans sa conférence et dans un livre à paraître cet automne (The Risk of Prescription Drugs, Columbia University Press), il décrit ce qu'il appelle un "syndrome de prolifération du risque" dans lequel le nombre de patients exposés à de nouveaux médicaments est maximisé. Des campagnes massives pour vendre ces médicaments sont lancées en s'appuyant sur des essais cliniques conçus pour minimiser la démonstration des risques et des articles publiés dans les revues scientifiques qui mettent l'accent sur les avantages. Alors qu'un lancement limité permettrait de recueillir des données sur les effets du médicament.

Les compagnies recrutent des cliniciens influents, ajoute-t-il, pour essayer d'utiliser le médicament pour d'autres conditions que celles pour lesquelles il est approuvé et pour promouvoir de telles utilisations "off-label" ou non approuvées. Les médecins deviennent des «agents doubles», les promoteurs du nouveau médicament tout en étant les intendants du bien-être des patients. Lorsque les patients se plaignent d'effets indésirables, les études montrent que leurs médecins sont susceptibles de les minimiser ou de les rejeter, précise-t-il. (Voyez: Médicaments: les médecins ignorent souvent les effets secondaires)

Les entreprises "inondent le régulateur" d'un grand nombre d'essais cliniques incomplets, partiels et en-deça des standards, dit-il. "Le résultat est que les médicaments sont approuvés sans qu'on puisse savoir à quel point ils sont vraiment efficaces ou combien d'effets indésirables graves ils causeront," dit-il. "Les compagnies contrôlent la fabrication des connaissances scientifiques et contrôlent ensuite quels résultats vont se rendre à la FDA (l'agence du médicament américaine) ou être publiés."

Les médicaments peu innovateurs qui offrent peu de bénéfices tout en présentant des risques mal évalués, consomment environ 4/5 des coûts de médicaments, indique-t-il.

Les statines contre le cholestérol sont un exemple classique de vente maximisée d'un produit présenté comme une pilule miracle pour prévenir les crises cardiaques, malgré des preuves que ces médicaments pourraient faire plus de mal que de bien, dit-il. Deux grands essais cliniques de ces médicaments ont trouvé peu de preuves qu'ils réduisent le risque de crises cardiaques. Une importante méta-analyse de plusieurs études d'études a conclu que «les statines ne sont pas associées à la réduction du risque de mortalité toutes causes confondues", rapporte-t-il. (Voyez: Les médicaments anti-cholestérol statines trop prescrits?)

Quelques changements fondamentaux pourraient améliorer la qualité des essais et des preuves concernant les risques et les avantages réels des nouveaux médicaments», dit-il.

Psychomédia avec sources:
Eurekalert, Telegraph.co.uk
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