La granularité émotionnelle est la capacité d'utiliser des mots différents pour décrire spécifiquement une variété d'émotions. Le concept a été développé par la psychologue américaine Lisa Feldman Barrett.

La granularité émotionnelle « n'est pas qu'une question de vocabulaire », explique la chercheuse dans le New York Times ; elle consiste « à avoir une expérience du monde et de soi-même plus précise ».

De plus en plus d'études, rapporte-t-elle, montrent que les expériences émotionnelles précisément ajustées sont bénéfiques, même si ces expériences sont négatives.

Les sentiments désagréables finement identifiés permettent aux gens d'être plus flexibles pour réguler les émotions et d'être moins susceptibles de boire excessivement quand ils sont stressés ou de riposter de manière agressive contre quelqu'un qui les blesse. Une granularité émotionnelle élevée favoriserait aussi une meilleure santé.

Le laboratoire dirigé par la psychologue a commencé à travailler sur le concept dans les années 1990.

Les chercheurs demandaient à des centaines de volontaires de relever leurs expériences émotionnelles pendant des semaines ou des mois. Un bassin de mots était fourni pour désigner les émotions, comme « triste », « en colère » et « apeuré » pour décrire leurs expériences. Ils ont réalisé que certaines personnes utilisaient ces mots pour faire référence à des expériences distinctes, chaque mot représentant une émotion différente, alors que d'autres regroupaient ces mots pour désigner un seul concept signifiant à peu près : « Je me sens misérable ».

Les gens qui ont une grande granularité émotionnelle ne sont pas simplement meilleurs pour reconnaître les états émotionnels qu'ils ressentent, a découvert le laboratoire. Le cerveau construit les états émotionnels - en un clin d'œil, en dehors de la conscience - et les gens qui apprennent divers concepts d'émotion sont mieux équipés pour créer des émotions plus finement adaptées, explique la psychologue.

Les neurosciences ont montré, dit-elle, que le cerveau n'est pas un organe « réactif » qui répond simplement au monde d'une certaine façon prédéterminée. Au contraire, il régule les besoins énergétiques du corps de façon proactive, augmentant, par exemple, la pression artérielle en prévision de ce qui peut arriver sur la base de l'expérience passée plutôt que de répondre passivement par une augmentation de la pression.

Une émotion finement ajustée, par exemple une révolte devant une injustice (la psychologue donne l'exemple de l'eau contaminée au plomb dans la ville de Flint) dispose à des possibilités d'actions spécifiques alors qu'un vague mal-être (être misérable et piégé par la situation) est accompagné d'une impuissance et d'un manque de choix qui favorise un déséquilibre énergétique qui, avec le temps, favorise la maladie (hormones de stress, pression artérielle…). La flexibilité apportée par des émotions spécifiques réduit l'usure du corps (par exemple, les poussées inutiles de cortisol).

La granularité émotionnelle est une aptitude qui s'apprend, souligne la chercheuse. Beaucoup de gens peuvent améliorer la leur en apprenant de nouveaux concepts d'émotion. Littéralement, précise-t-elle : apprendre de nouveaux mots et leur signification. En incorporant des concepts, le cerveau apprendra à les appliquer automatiquement.

Psychomédia avec source : New York Times.
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