Les médecins font des choix pour eux-mêmes différents de leurs recommandations aux patients

Face à une décision médicale difficile, ce qu'un médecin recommande pour un patient est susceptible d'être différent de ce qu'il déciderait pour lui-même, selon une étude publiée dans les Archives of Internal Medicine.

Peter A. Ubel de l'Université Duke et ses collègues ont mené deux enquêtes auprès de médecins. Dans la première, ils leur demandaient d'imaginer qu'eux-mêmes ou un de leurs patients avaient reçu un diagnostic de cancer du côlon.

Ils avaient deux options chirurgicales pour le traiter, les deux guérissant la maladie 80% du temps. Mais, l'une avait un taux de mortalité plus élevé, 20%, et moins d'effets secondaires indésirables. L'autre option avait un taux de mortalité plus bas, 16%, mais avait des effets secondaires tels que la diarrhée chronique et colostomie.

Sur les 242 médecins qui ont retourné le questionnaire, 38% choisissaient pour eux-même l'option avec un taux de mortalité plus élevé mais moins d'effets secondaires. Alors que seulement 24,5% recommandaient la même option pour un patient.

Dans la deuxième enquête, les médecins imaginaient qu'une nouvelle souche de la grippe aviaire était arrivée aux États-Unis. Un groupe devait imaginer qu'ils étaient eux-mêmes infectés. Un autre groupe, qu'un patient l'était.

Ils avaient à se prononcer sur un traitement, l'immunoglobuline. Sans ce traitement, 10% des patients décédaient et 30% étaient hospitalisés pendant une semaine environ. Le traitement était connu pour réduire le taux d'effets secondaires de moitié. Toutefois, avec traitement, 5% des patients mouraient quand même de la grippe, 1% décédaient à cause du traitement, et 4% contractaient une paralysie permanente.

Sur les 698 médecins qui ont répondu, près de 63% choisissaient pour eux-même de ne pas recevoir le traitement afin d'éviter les effets indésirables. Mais 48,5% seulement faisaient la même recommandation à leur patient.

Le message est simple, dit le chercheur: "Lorsque vous demandez conseil à votre médecin, tenez compte que son avis dépendra de la façon dont il ou elle met dans la balance les avantages et les inconvénients de choses vraiment compliquées. Sa recommandation n'est pas seulement le résultat de faits médicaux."

Il donne cet exemple: Un médecin dit à un patient qu'il aimerait ajouter une chimiothérapie à un traitement qui a déjà inclus une radiothérapie et une chirurgie. "Cela ressemble à une recommandation médicale", explique-t-il au site WebMD. "Mais il y a un jugement de valeur énorme qui soustend cette recommandation. Il pense que les effets secondaires de la chimiothérapie valent la plus grande chance de survie. Mais que faire s'il y a une réduction de 1% du taux de récidive sur 15 ans et que cela signifie six mois de vomissements, de perte de cheveux et de misère?"

Pour cette raison, dit-il, demander conseil à un médecin ne constitue qu'une partie d'une conversation visant à faire un choix. "Assurez-vous, conseille-t-il, d'avoir une conversation sur les avantages et les inconvénients des différentes alternatives et de faire part de vos sentiments par rapport à ces avantages et inconvénients. Si votre médecin comprend mieux vos valeurs, vous êtes susceptible d'obtenir une meilleure recommandation."

Dans un éditorial accompagnant l'article, Timothy Quill de l'Université de Rochester souligne que ces résultats suggèrent que les médecins ont tendance à faire, pour autrui, des recommandations qui vont dans le sens de la survie. Alors que pour eux-même, ils sont prêts à prendre certains risques concernant la survie pour améliorer la qualité de vie. Il conseille aux médecins de mieux chercheur à connaître les valeurs et les préoccupations de leurs patients avant de recommander un traitement.

"Demander à votre médecin la question classique «Que proposeriez-vous si c'était votre mère ou votre frère?" peut être utile, dit-il. "Elle oblige à réfléchir sur les problèmes de qualité de vie."

Les médecins sont humains et pèsent les pour et les contre subjectivement pour eux-mêmes indépendamment de ce qu'ils recommandent aux patients, commente Katherine Murphy présidente de l'association britannique The Patient. La différence est qu'ils disposent de beaucoup plus d'informations alors que les patients dépendent souvent de leur médecin pour l'information. Ces résultats illustrent l'importance pour les patients de disposer des informations adéquates pour faire leur choix subjectif.

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Psychomédia avec sources: WebMD, BBC
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