Les initiatives de dons et de gratuité se multiplient en France, rapporte la journaliste Pascale Krémer dans Le Monde. Des initiatives motivées par la solidarité et le rejet du gaspillage.

Au début de l’été, notamment, la Boutique sans argent Siga-Siga a ouvert avenue Daumesnil, à Paris. Chacun peut y venir et prendre ce qu'il souhaite. Sur les rayons : vaisselle, petits électroménagers, jouets pour enfants… La boutique a le soutien de la région Ile-de-France et des mairies de Paris et du 12e arrondissement, qui prête le lieu.

« Vous avez été plus de 1000 personnes cette semaine à venir nous voir, à amener des objets dont vous n'aviez plus besoin, à être heureux d'avoir trouvé un objet mis en don qui pouvait vous servir... », peut-on lire, en date du 6 septembre, sur la page Facebook de la boutique.

C’est à Mulhouse (Haut-Rhin), en 2010, qu'est apparu le premier Magasin pour rien associatif, d’inspiration allemande. Paris et Rennes ont ensuite emboîté le pas.

Autres exemples, les ardoises devant différents commerces indiquant la disponibilité de cafés, baguettes, repas et même coupes de cheveux « suspendus ». Il s'agit de payer en double pour offrir au prochain client qui n’en a pas les moyens. CoffeeFunders, la plate-forme Internet qui les recense, fait état d’une progression constante. Selon Fred Machado, patron de Chez Fred à Bordeaux, ce sont surtout les étudiants et les retraités en fin de mois qui en profitent. Cela se fait sans abus, une fois de temps en temps.

Depuis un an, Madeline Da Silva, conseillère municipale de la commune des Lilas (Seine-Saint-Denis) œuvre pour faire de cette dernière la première « ville suspendue ». Sept commerces ont déjà participé.

Étape suivante : l'installation d’une boîte à dons dans un parc public. Nantes, Roubaix, Besançon, Le Havre, Lyon ont déjà adopté le concept développé, en 2011, dans des quartiers de Berlin.

En version plus modeste, les boîtes à livres installées par des particuliers, des associations de quartiers (Circul’Livre) ou des libraires (Decitre) ont popularisé le principe depuis quelques années.

Des « zones de gratuité » (ou « gratiferias ») apparaissent aussi, comme à Sarlat-la-Canéda (Dordogne), début juillet.

Les abus et les reventes ne sont pas majeurs témoignent des responsables de ces initiatives. « Les boîtes à dons ne sont pas davantage vidées d’un bloc. Ni les fruits et légumes cultivés en commun dans les interstices urbains (par le biais du mouvement Les Incroyables Comestibles). »

Anne-Sophie Novel, docteur en économie, voit dans la crise, la montée des inégalités et le caractère aisément reproductible de ces initiatives, les raisons de leur succès. « À cela s’ajoute une critique montante de l’économie du partage (...). »

L’essor du don vient aussi d’une perte de confiance à l’égard « des solidarités verticales, venant de l’État », selon Sophie Dubuisson-Quellier, sociologue et chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) : « C’est donc à chacun d’aider, de reprendre la main. (...) »

Sur le site de ConsoGlobe, site de consommation responsable affichant 24 millions de visiteurs par année, le service le plus fréquenté est celui du don entre particuliers. Le site Freecycle compte, de son côté, 53 000 membres français (7 millions d’inscrits mondialement).

Lire l'article du Monde : Et si tout devenait gratuit…

Illustration : Affiche annonçant un événement « Zone de gratuité » organisé par La Boutique sans argent.

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