Les souvenirs et l'évaluation du bien-être et des émotions sont biaisés

Les recherches en psychologie sociale et expérimentale montrent que les souvenirs ne correspondent pas complètement à l'expérience originale. L'expérience est transformée selon les motivations et les croyances actuelles ainsi que d'autres facteurs.

Par exemple des recherches montrent que les gens sous-estiment leur personnalité du passé de telle sorte qu'ils se voient comme s'étant améliorés ou encore montrent que la description des émotions du passé est influencée par l'idée qu'on se fait des situations et de soi-même.
Dans le domaine de l'étude du bien-être ou du bonheur, des chercheurs ont développé une méthode où ils demandent aux participants de noter tout au cours de la journée leurs humeurs, leurs émotions ou leurs jugements sur ce qu'ils vivent. Ces résultats peuvent être comparés au souvenir que les gens en ont par la suite ou à leur appréciation globale.

Les émotions rapportées dans le quotidien divergent de ce qui est rapporté quand on demande aux gens à quel point ils sont satisfaits de certains aspects de leur vie (leur vie en général, leur vie de couple, leur travail, etc.) ou à quel point ils sont heureux.

Pour des exemples de ces recherches, voyez:

Mesures de l'agrément dans le quotidien des femmes
Meilleurs revenus et bonheur, un lien grandement illusoire

Le souvenir des émotions a tendance à être biaisé vers les expériences les plus fortes et celles de la fin d'une période ou d'une expérience. Le souvenir est ainsi relié à un moment représentatif qui peut être l'émotion associée à la fin ou une moyenne équilibrée entre l'émotion associée à la fin et le moment le plus intense de l'expérience. L'évaluation des périodes de vie est ainsi remarquablement insensible à leur durée.

Dans l'évaluation rétrospective, des différences culturelles interviennent. Par exemple chez les Américains d'origine européenne, le jugement rétrospectif du bien-être, (comparativement à l'expérience vécue) a tendance à s'orienter plus positivement que celui des Américains asiatiques.

Les chercheurs soupçonnent qu'un phénomène similaire expliquerait des résultats de recherches qui montrent que les Français seraient moins satisfaits de leur vie que les Américains.

Un phénomène important est que, bien que les jugements des expériences affectives dévient de l'expérience originale, ils semblent mieux prédire les choix futurs que l'expérience originale.

Par exemple, une recherche de Wirtz, Kruger, Scollon, & Diener sur les vacances a montré des différences entre le souvenir des répondants de l'agrément durant leurs vacances et leur expérience au jour le jour. Le souvenir plutôt que l'agrément au quotidien était prédicteur du désir des gens de répéter l'expérience.

L'expérience vécue et le souvenir de l'expérience sont tous deux réels et sont deux aspects contribuant au bien-être.

Les recherches sur la mémoire suggèrent, selon le psychologue Ed Diener, que les gens peuvent se sentir heureux de plusieurs façons:
- en se voyant grandir à travers les expériences négatives
- en ré-évaluant positivement les expériences négatives du passé et
- en diminuant la positivité des événements positifs du passé par rapport au présent.

Voyez également:

Dossier : Bonheur et bien-être

Psychomédia avec sources:
- Ed Diener and Shigehiro Oishi, The Nonobvious Social Psychology of Happiness, Psychological Inquiry, 2004.
- Daniel Kahneman and Jason Riis, Living, and Thinking About it: Two Perspectives on Life in The Science of Well-Being, F. Huppert, B. Keverne, & N. Baylis (Eds.), Oxford University Press, 2005.