Pourquoi certains refusent, lorsque l'ordre est donné, de se préparer à évacuer face à des ouragans tels que Florence qui frappe actuellement l'est des États-Unis ?

Dans le Washington Post, Robert J. Meyer, codirecteur du Wharton Center for Risk Management and Decision Processes de l'Université de Pennsylvanie et coauteur du livre « The Ostrich Paradox: Why We Underprepare for Disasters », expose « ce que la psychologie en dit ».

Le manque de préparation et le refus d'évacuer, selon des études en psychologie, sont causés par des biais cognitifs qui amènent les gens à sous-estimer les avertissements et à prendre de mauvaises décisions, même lorsqu'ils ont l'information nécessaire.

  • Le biais d'optimisme excessif

    « Lorsque l'ouragan Sandy a frappé New York et les États du centre du littoral de l'Atlantique en 2012, par exemple, 40 personnes se sont noyées parce qu'elles n'avaient pas tenu compte des avertissements d'évacuation des zones côtières exposées aux inondations. Pourtant, la tempête avait été prévue avec précision et, de plus, les gens y ont cru. » Un sondage mené avant l'arrivée de l'ouragan a montré que les résidents du New Jersey estimaient qu'il y avait de 70 à 80 % de probabilité d'être confrontés à de forts vents d'ouragan.

    Pourtant, les préparatifs à la tempête ont été relativement limités. La veille de l'arrivée de l'ouragan, seulement 20 % des résidents interrogés ont indiqué avoir un plan d'évacuation.

    « Qu'est-ce qui s'est mal passé ? Dans ce cas, le biais cognitif d'optimisme excessif a fait son œuvre : les résidents savaient très bien qu'une tempête était à leur porte et que de nombreuses personnes seraient touchées - ils pensaient simplement que cela ne les affecterait pas personnellement. » (En situation de stress, l'anxiété aide à éviter les risques du biais cognitif d'optimisme)

  • Biais de la pensée de groupe (« pensée moutonnière »)

    Le biais de la pensée de groupe (« herd thinking ») aggrave le problème. En regardant autour d'eux et en voyant que peu de gens se préparaient, les résidents ne ressentaient aucune pression sociale pour en faire plus.

  • La myopie

    La « myopie » fait partie des « nombreux autres biais psychologiques qui sapent la préparation à des événements naturels dangereux ».

    « Une bonne préparation aux catastrophes exige que nous fassions des investissements coûteux à court terme (achat d'assurance ou évacuation, par exemple) pour éviter des pertes futures potentielles. Mais la plupart d'entre nous ont tendance à manquer de vision, se concentrant sur le coût immédiat ou le désagrément d'une action préventive plutôt que sur la pénalité plus lointaine et abstraite pouvant découler du fait de ne pas agir. » Ce biais amène les gens à penser que la préparation peut être retardée.

  • L'amnésie

    L'« amnésie » est également évidente dans les réactions des gens. « Même lorsque nous avons déjà vécu une catastrophe, nous avons tendance à oublier ce que nous avons ressenti la dernière fois - l'inconfort d'être sans électricité pendant des jours, les défis des réparations. Bien que nous nous souvenions des faits bruts de l'événement, ce sont les émotions qui ont tendance à stimuler l'action, et ces souvenirs s'estompent le plus rapidement. »

  • L'inertie

    « Lorsque nous ne sommes pas certains de ce qu'il faut faire face à une tempête, nous avons tendance à nous en tenir au statu quo, c'est-à-dire ne rien faire. Si nous ne savons pas quand évacuer, nous avons tendance à ne pas évacuer du tout. »

  • Le biais de simplification

    Et, nous avons tendance à simplifier nos plans d'action, en se concentrant de façon sélective sur quelques facteurs seulement.

    « Lorsqu'on se prépare à un ouragan, beaucoup de choses peuvent être à faire : s'organiser pour se loger au cas où une évacuation serait ordonnée, assurer l'approvisionnement en eau et en fournitures pendant 72 heures, remplir les voitures d'essence, trouver d'autres sources d'énergie. Face à une telle complexité, nous pouvons entreprendre une ou deux actions et considérer le travail accompli. »

    Lors de l'ouragan Sandy, par exemple, 90 % des habitants se sont approvisionnés, mais généralement assez pour ne leur permettre que de passer une seule journée sans électricité.

Il y a de nombreuses raisons, au-delà de la psychologie, pour lesquelles les gens n'agissent pas, souligne l'auteur. Ils peuvent manquer de moyens financiers pour le faire, ou être limités par l'âge ou le handicap. Cela signifie que la définition de la préparation pourrait inclure de veiller sur ses voisins et sa famille, dit-il.

Éviter ces erreurs

« Savoir pourquoi nous sommes sous-préparés est la première étape pour savoir comment éviter ces erreurs. La clé, c'est d'accepter le fait que les biais mentionnés font partie de notre “ADN cognitif”. La clé d'une meilleure préparation n'est donc pas d'éliminer ces biais, une tâche sans espoir, mais plutôt de concevoir des mesures de préparation qui les anticipent. »

Considérons, par exemple, le biais de simplification : la tendance des gens à considérer qu'ils sont préparés après avoir pris une ou deux mesures. La solution ? Les responsables ne devraient pas distribuer de longues listes génériques des mesures de préparation à mettre en œuvre. Ces listes, selon la recherche, amèneront les gens à choisir quelques mesures (souvent les plus faciles plutôt que les plus importantes). Des listes ordonnées devraient plutôt être publiées. Par exemple, dire aux gens : « Si vous ne faites qu'une seule chose pour vous préparer à une tempête, ce devrait être ceci. Si vous en faites trois, vous devriez… ».

Pour lutter contre l'inertie, les interventions devraient viser à persuader les gens à élaborer des plans de préparation précis qui incluent une liste d'achats de fournitures et des plans déterminant quand et où évacuer, si nécessaire. (Que doivent contenir votre trousse d'urgence et votre plan de sécurité ?)

Pour plus d'informations sur les comportements face aux désastres naturels, voyez les liens plus bas.

Psychomédia avec source : Washington Post.
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