Les conflits dans les relations de couple (Partie 5)

Les facteurs qui influencent les conflits

La compatibilité des partenaires

Certains couples présentent moins d'incompatibilités que d'autres, ce qui amènent moins de conflits d'intérêts. Ces couples peuvent aussi obtenir plus de renforcements de leur relation, ce qui les aident à être capables de gérer les conflits et/ou les tolérer. Certaines recherches montrent effectivement que la similarité entre partenaires dans la personnalité et les attitudes est un facteur favorisant la réussite (Christensen et Walczynski, 1997).

La personnalité

La personnalité de chaque partenaire est un facteur qui affecte la probabilité que les incompatibilités conduisent à une escalade de conflits. Par exemple, plusieurs recherches ont associé la personnalité neurotique (tendance à présenter anxiété, colère, nervosité, dépression et autres affects dépressifs), chez un ou les deux partenaires, à une moins grande satisfaction par rapport à la relation et à un taux de séparation plus élevé. La personne présentant cette personnalité aura plus probablement tendance à réagir de façon qui complique la résolution des incompatibilités, en surréagissant émotionnellement, en s'engageant dans la coercition, en se retirant de la discussion, etc..

Les recherches montrent également que la tendance à attribuer la responsabilité des problèmes à l'autre est associée à une moins grande satisfaction conjugale. La résolution des conflits est compliquée par une plus grande tendance à blâmer et accuser l'autre.

Certains chercheurs présentent des modèles qui mettent une emphase plus grande sur le rôle de la personnalité et de l'histoire personnelle dans les conflits. Par exemple, Young (1997) présente un modèle intéressant selon lequel l'insatisfaction est souvent développée lorsque les conflits ou les événements de la vie activent des schémas inadaptés chez l'un des partenaires (voir le dossier Les troubles de la personnalité) qui l'amène à prendre des positions extrêmes, ce qui a pour conséquence d'activer les schémas inadaptés du partenaire. Koski et Shaver (1997) accordent également une grande place à la personnalité en abordant la problématique des conflits et de la satisfaction conjugale à la lumière de la «théorie de l'attachement» de Bowlby. Les styles d'attachement (par exemples, évitant, anxieux et sécure) se développent principalement dans la relation avec les parents et constituent un facteur important qui déterminent les interactions entre conjoints. De même, Notarius et ses collègues (1997) décrivent le lien entre le style d'attachement aux parents dans l'enfance, l'estime de soi qui en résulte et l'habileté à gérer la colère dans la relation de couple. Par exemple, la personne qui se sentait fréquemment critiquée par un parent et ne pouvait se défendre que par des attaques colériques ou le retrait aura davantage tendance à répondre à un commentaire neutre du (de la ) partenaire comme s'il s'agissait d'une critique du parent.

Les habiletés de résolution de conflits

Les comportements positifs lors de conflits sont prédicteurs de stabilité dans la relation (Christensen et Walczynski, 1997). Ils préviennent l'escalade des conflits. Si le niveau d'habiletés est bas, de petites incompatibilités peuvent dégénérer en conflits importants. À l'inverse, un bon niveau d'habiletés peut favoriser une bonne adaptation à de grandes incompatibilités. Ces habiletés, par exemples, débuter une discussion avec douceur, s'exprimer avec le "je" pour éviter de critiquer la personne, contrôler ses pensées automatiques, écouter avec empathie, trouver des compromis, etc., constituent un savoir-faire qui peut s'acquérir. Cependant, dans le feu de l'action, ces habiletés risquent fort de ne pas être utilisées si les attitudes positives envers l'autre, comme le respect de sa personnalité, la compréhension de ses problématiques, l'acceptation des différences, etc., ne sont pas présentes. L'entrainement à ces habiletés peut toutefois aider à comprendre les attitudes positives qu'il serait souhaitable de développer.

Les circonstances stressantes

Des études ont démontré un lien entre le niveau de stress quotidien et les interactions négatives dans le couple. Les événements de la vie qui représentent des stress, par exemple la venue d'un enfant, sont aussi souvent associés à une baisse de la satisfaction conjugale (Christensen, A., Walczynski. P.T., 1997). Dans ces périodes plus stressantes, le besoin de support peut être plus grand en même temps que la capacité d'en donner diminuée. Les événements stressants peuvent aussi amplifier certains conflits d'intérêts ou en créer d'autres. Par exemple, la venue d'un bébé peut exacerber des conflits concernant les tâches ménagères.

Nous présenterons, dans la deuxième partie à venir, les pistes de travail pour briser l'engrenage des conflits développées par les spécialistes reconnus.

RÉFÉRENCES

Christensen, A., Walczynski. P.T., Conflict and Satisfaction in Couples dans Sternberg, R.J. and Hojjat, M. (ed.), Satisfaction in close relationships, Guilford, 1997.

Christensen, A., Jacobson, N.S., Reconcilable Differences , The Guilford Press, 1999.

Clements, M. L., Cordova, A.D., Markman, H. J., Laurenceau, J-P.,The Erosion of Marital Satisfaction over Time and How to Prevent It, dans Sternberg, R.J. and Hojjat, M. (ed.), Satisfaction in close relationships, Guilford, 1997.

Goleman, Daniel, L'intelligence émotionnelle, Robert Laffont, 1997 (version anglaise, 1995).

Gottman, John. M., The Seven Principles for Making marriage Work, Crown Publishers, Inc., 1999.

Koski, L. R. et Shaver, P. R., Attachement and Relationship Satisfaction across the Lifespan, dans Sternberg, R.J. and Hojjat, M. (ed.), Satisfaction in close relationships, Guilford, 1997.

Notarius, C.I. et al. Angry at Your Partner ? Think Again dans Sternberg, R.J. and Hojjat, M. (ed.), Satisfaction in close relationships, Guilford, 1997.

Young, J. et Gluhoski, V., A Schema-Focused Perspective on Satsfaction in Close Relationships, dans Sternberg, R.J. and Hojjat, M. (ed.), Satisfaction in close relationships, Guilford, 1997.




Partie 1: Importance des conflits
Partie 2: Les réactions néfastes aux conflits
Partie 3: L'apparition des conflits d'intérêt
Partie 4: Les processus de conflits

Voyez également:

Couples: Profiter du positif
Variables prédisant le succès ou l'échec des relations de couple
Beaucoup de positif est nécessaire pour compenser le négatif dans les relations
DOSSIER: Couple et sexualité

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