« La croissance économique dans les pays développés a un double effet. D'une part, le niveau de vie des gens et les dépenses de consommation sont à la hausse, mais d'autre part, cela ne rend pas nécessairement les gens heureux et peut en fait éroder le bien-être subjectif et conduire à des crises économiques », expliquent les auteurs d'une étude publiée dans la revue Applied Research in Quality of Life.

Francesco Sarracino du Luxembourg STATEC Research et Malgorzata Mikucka de l'Université Catholique de Louvain (Belgique) ont examiné les raisons derrière ce phénomène.

De nombreuses études confirment que l'augmentation des revenus est associée à un bien-être subjectif plus élevé. Mais, l'association n'est pas linéaire, surtout dans les pays développés où les gens travaillent beaucoup et consomment beaucoup.

Les chercheurs réfèrent au modèle de la « croissance endogène négative » qui suggère que la croissance économique peut éroder les biens gratuits et communément disponibles, en les remplaçant par des produits de consommation coûteux.

Les biens gratuits comprennent les ressources naturelles comme le soleil, l'air et l'eau, ainsi que les ressources sociales comme la confiance, l'honnêteté, l'altruisme et autres. Par exemple, les personnes vivant dans les grandes villes qui ont une écologie médiocre et un environnement social hostile peuvent vouloir compenser en achetant une résidence secondaire sur la côte ou à la campagne.

De même, payer pour des divertissements coûteux, des gadgets et des articles qui rendent le temps passé à la maison plus agréable peut être un moyen pour certaines personnes de compenser l'absence d'une vie sociale satisfaisante.

« La théorie de la croissance endogène négative est relativement nouvelle. Elle soutient que les systèmes économiques sont sujets aux crises économiques parce qu'ils produisent de la richesse à partir de l'érosion des biens gratuits et communément disponibles qui rendent généralement les gens heureux. Cela nourrit le malheur et la consommation excessive. »

Sarracino et Mikucka décrivent le phénomène comme un cercle vicieux : « l'État enregistre une croissance économique, tandis que la richesse matérielle des gens augmente, mais les coûts aussi. Sous l'impulsion de la publicité et des messages médiatiques, les gens s'engagent dans une consommation compétitive et passent plus de temps à travailler pour pouvoir se permettre de consommer davantage. Par conséquent, ils passent moins de temps à socialiser ou à se détendre dans la nature et accumulent des dettes au lieu d'épargner pour atteindre un niveau de vie encore plus élevé. »

Les chercheurs ont étudié le cas des États-Unis où la crise financière qui a commencé en 2008 s'est rapidement propagée aux autres économies développées.

Ils ont identifié quelques indicateurs sociaux signalant une croissance endogène négative susceptible de conduire à des crises économiques. « Ces indicateurs reflètent le niveau de consommation, la qualité et l'intensité des relations sociales, les valeurs des gens, l'équilibre travail-loisirs et le bien-être subjectif. L'étude examine la façon dont ces indicateurs évoluent au fil du temps dans les économies développées. »

Au fil des décennies, le niveau de vie des Américains a augmenté. Mais si leur bonheur s'est aussi amélioré est une grande question.

Une étude utilisant les données d'une enquête américaine de 1972 à 2006, citent-ils, montre une baisse du bien-être subjectif chez les femmes comparativement aux hommes. D'autres études montrent que les niveaux de bonheur sont généralement restés inchangés en Amérique depuis le début des années 1970. En Europe, les tendances rapportées sont plus positives. Malgré des différences entre les pays, les niveaux globaux de bien-être subjectif ont augmenté.

Selon le « paradoxe d'Easterlin », la satisfaction par rapport à la vie (faites le test - 5 questions) augmente avec les revenus moyens, mais seulement jusqu'à un certain point. Cela signifie que les personnes ayant des revenus relativement faibles sont plus susceptibles de voir leur bonheur augmenter avec plus d'argent. (Quel est le meilleur revenu pour être heureux ?)

Le bien-être subjectif repose sur des relations sociales de bonne qualité (TEST : Évaluez si une relation est positive pour vous) ainsi que sur des choses matérielles. Selon les auteurs, des déclins alarmants dans certaines dimensions du capital social - comme les liens sociaux, la confiance et la participation - ont été observés aux États-Unis au cours des dernières décennies. En Europe, des différences plus grandes dans ces paramètres ont été rapportées entre les pays au fil du temps ; par exemple, au Royaume-Uni, elles se sont rapprochées de celles des États-Unis. (Comment les revenus influenceraient la façon d'être heureux)

Un autre précurseur potentiel d'une crise est un changement dans les valeurs des gens. Selon une étude, rapportent les chercheurs, « la proportion d'Américains qui trouvent très important d'avoir beaucoup d'argent ou un emploi bien rémunéré a augmenté de près de 50 % entre 1970 et 1990. Le nombre d'étudiants de premier cycle convaincus que l'atteinte d'un statut économique élevé est le principal objectif de la vie a presque doublé entre 1970 et 1995. » (TEST : Qu'est-ce qui est le plus important pour vous ? - 19 valeurs fondamentales)

Un autre facteur discuté par les auteurs est l'équilibre entre le travail et les loisirs. « Les États-Unis sont l'un des pays où les semaines de travail sont les plus longues, et environ un quart des entreprises américaines n'offrent pas de congés payés aux employés, selon l'étude. Il n'y a pas d'accord sur la question de savoir si le nombre d'heures de travail a augmenté aux États-Unis, mais même si ce n'est pas le cas, les chercheurs notent que dans de nombreuses familles, personne n'a le temps de s'occuper des tâches ménagères. La situation est différente en Europe, où les syndicats ont réussi à obtenir une semaine de travail plus courte », notent-ils.

« Les économies d'aujourd'hui ont besoin de réformes pour réduire le risque de crises futures. La productivité économique plus élevée de certains pays par rapport à d'autres peut indiquer que leur système économique n'est pas entièrement compatible avec le bien-être subjectif et les besoins humains de base et peut donc être plus sensible aux crises », selon Sarracino.

« Il faut une stratégie capable de promouvoir la croissance économique, de protéger le capital social et de réduire les inégalités en même temps. »

Plus de revenu et de prestige contribuerait peu au bonheur

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Voyez également :

Psychomédia avec sources : National Research University, Applied Research in Quality of Life.
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