Dans son récent livre "Happy City: Transforming Our Lives Through Urban Design", le journaliste canadien Charles Montgomery explore le potentiel du design urbain pour améliorer la qualité de vie et le bien-être des gens. Plus de la moitié de la population mondiale vit actuellement en milieu urbain. En France, par exemple, 3 personnes sur 4 habitent en ville.

L'auteur cite diverses études qui montrent que la situation actuelle dans laquelle une partie croissante de la population doit effectuer de longs trajets quotidiens est très défavorable au bien-être.

Il cite notamment une étude allemande publiée en 2008 dans le Scandinavian Journal of Economics.

Les gens, disent les auteurs, Alois Stutzer et Bruno S. Frey de l'Université de Zurich, passent beaucoup de temps dans leur déplacement et le ressentent souvent comme un fardeau (temps, stress, coût financier, impact sur l'équilibre travail-famille…). Des études ont montré que le transport quotidien pourrait être l'activité qui génère les plus hauts niveaux d'affects négatifs dans le quotidien des gens.

Selon une théorie économique, la charge du transport quotidien est choisie lorsque qu'elle est compensée par un travail avantageux ou le marché des maisons de sorte que "l'utilité pour la personne est égalisée", c'est-à-dire que l'inconvénient du transport est compensé par les avantages au niveau de l'habitation et de la qualité de l'emploi.

Alors que la compensation individuelle a été étudiée en terme de salaire et de coût de l'habitation, Stutzer et Frey ont abordé cette question de façon plus globale en examinant, à partir des données d'une grande étude allemande, le lien entre transport et bien-être subjectif. Ce dernier était évalué au moyen de cette question : Sur une échelle de 0 à 10, à quel point êtes-vous satisfait de votre vie, toutes choses considérées?

Il semble y avoir une compensation systématiquement incomplète pour le temps passer en transport quotidien. Plus le transport est long, moins les gens étaient satisfaits de leur vie.

Afin de vérifier s'il y avait une compensation dans des domaines particuliers sans que cela ressorte dans la satisfaction globale, les chercheurs ont aussi mesuré la satisfaction par rapport à l'emploi et à l'habitation. Là encore, la compensation était incomplète. Ceux qui voyageaient une heure pour se rendre au travail et une heure pour le retour rapportaient une satisfaction 15% inférieure par rapport à l'emploi.

Le temps de transport était aussi en corrélation avec une moins grande satisfaction par rapport à la santé, à l'environnement de résidence (un autre domaine potentiel de compensation) et aux temps libres.

Les chercheurs font deux hypothèses pour expliquer ces résultats: les gens pourraient ne pas être capables d'évaluer correctement les vrais coûts du transport quotidien au niveau de leur bien-être; ils pourraient aussi manquer d'énergie et de volonté pour essayer d'améliorer leur sort en cherchant un emploi plus près de la maison ou un appartement plus près de l'emploi qui réduirait le temps de transport.

Psychomédia avec sources:
- Alois Stutzer and Bruno S. Frey (2008), Stress That Doesn’t Pay: The Commuting Paradox.
- Charles Montgomery, The secrets of the world's happiest cities, The Guardian.

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