Avec les Français, les Québécois sont les plus grands consommateurs de somnifères du monde.

Au Canada, parmi les 65 à 69 ans, une personne sur 5 utilise régulièrement un somnifère de la classe des benzodiazépines. Chez les 85 ans et plus, cette proportion atteint 30 %. Le témazépam (Restoril) était, en 2008, l'un des 5 médicaments sur ordonnance les plus utilisés par les aînés au pays. Le lorazépam (Ativan) est aussi fréquemment prescrit.

Mais ces médicaments comportent beaucoup d’effets secondaires indésirables, soulignent la professeure Cara Tannenbaum et l'étudiant Dharmender Singh de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM), auteurs d'une étude qui montre que le gouvernement gagnerait à rembourser les aînés qui participent à des séances de groupe de psychothérapie de type cognitivo-comportemental pour traiter leur insomnie.

En plus des conséquences psychologiques et physiques de la dépendance et d'un syndrome du sevrage, les somnifères diminuent la concentration et ralentissent les réflexes, augmentant ainsi le risque d’accidents de la route et de chutes. Les personnes âgées qui prennent des benzodiazépines courent un risque de chute 57 % plus élevé et un risque de fracture 34 % plus élevé. Quatre aînés sur 10, parmi ceux qui consomment des benzodiazépines, sont victimes de chutes.

La prise occasionnelle de benzodiazépines est aussi, sinon plus dangereuse que l’usage régulier, souligne Mme Tannenbaum. "Le corps n’étant pas habitué, l’effet s’avère plus puissant. Comme lorsqu’une personne ne boit de l’alcool qu’à l’occasion : elle devient ivre avec une dose moindre que si elle buvait tous les jours."

Les benzodiazépines augmentent jusqu'à une heure, en moyenne, la durée du sommeil chez les aînés et réduisent d'environ 15 minutes la période d'endormissement. La psychothérapie d'approche cognitivo-comportementale est aussi efficace. Des études ont montré qu'elle entraîne un sommeil de meilleure qualité que les somnifères, précise la chercheuse. Et, contrairement aux somnifères, les bénéfices se poursuivent longtemps après le traitement.

Si on ajoute les coûts liés aux chutes découlant de la prise de somnifères, la psychothérapie (6 séances de groupe) s’avère moins onéreuse que les médicaments.

La chercheuse, rapporte Le Devoir, déplore le fait que la psychothérapie ne soit pas remboursée par la Régie de l’assurance maladie du Québec RAMQ. "Probablement que la RAMQ n’est pas au courant que les frais qu’elle doit assumer pour remédier aux effets secondaires [blessures découlant des chutes] des somnifères sont nettement plus élevés que l’investissement qu’elle pourrait consentir à d’autres thérapies non médicamenteuses", dit-elle

La psychothérapie rectifie notamment certaines croyances erronées associées à l’insomnie. "Tout le monde n’a pas besoin de dormir 12 heures par nuit", dit-elle. Après une bonne sieste d’après-midi, "une personne âgée n’a pas besoin de plus de six à sept heures de sommeil la nuit. Avec l’âge, les éveils […] plus nombreux donnent l’impression que l’on dort moins bien. Ces changements, qui surviennent avec l’âge, sont normaux".

La psychothérapie aide aussi à adopter une saine hygiène du sommeil (11 conseils). Même si on a mal dormi, il est recommandé de se lever toujours à la même heure. Si on peine à s’endormir, mieux vaut se lever pour aller lire ou regarder la télévision dans une autre pièce, ou écrire ce qui alimente notre anxiété. Il faut éviter de boire du thé, qui contient aussi de la caféine, et de l’alcool en soirée.

Insomnie : efficacité d'une seule séance de thérapie cognitivo-comportementale.

Psychomédia avec sources : Université de Montréal, Le Devoir.
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