La plupart des gens présentent des carences de vitamines, minéraux et autres substances qui jouent un rôle auparavant non reconnu pour la longévité et la prévention de maladies chroniques comme les maladies cardiaques, le cancer et, potentiellement, les maladies neurodégénératives, fait valoir le biochimiste Bruce Ames de l'Université de Californie à Berkeley, âgé de 89 ans, dans une étude publiée en octobre dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

Sur la base des travaux de son laboratoire et d'une revue d'études publiées par d'autres scientifiques, il conclut que le vieillissement en santé peut être prolongé par l'ingestion de niveaux optimaux de 30 vitamines et minéraux essentiels déjà reconnus, et suggère que ceux-ci, ainsi que 11 autres substances non classées actuellement comme vitamines, devraient être reconnus comme des « vitamines de longévité » essentielles.

Rappelons qu'une vitamine est une substance organique (fabriquée par les êtres vivants tels que les plantes) indispensable en très faible quantité au bon fonctionnement d'un organisme qui ne peut la synthétiser en quantité suffisante. (Qu'est-ce qu'une vitamine ?)

Les vitamines et les minéraux sont des composants clés d'un grand nombre d'enzymes nécessaires à la santé métabolique. Selon les recherches citées par Ames, jusqu'à 70 % des Américains sont déficients en un ou plusieurs de ces nutriments.

La plupart ne sont pas déficients au point de mettre leur santé immédiate en danger mais, suggère Ames, de petites carences pourraient avoir un impact à long terme.

La plupart des vitamines et des minéraux sont nécessaires à des dizaines, voire des centaines d'enzymes différentes dans les cellules. Cela signifie que les nutriments nécessaires pour maintenir la santé quotidienne - comme la vitamine D, les acides gras oméga-3 et le magnésium - sont également des composants essentiels des enzymes nécessaires au maintien à long terme du corps, dans des rôles comme la réparation de l'ADN, le maintien des mitochondries, la santé cardiovasculaire et la prévention des dommages oxydatifs causés par les radicaux libres.

Par conséquent, écrit Ames, lorsque l'organisme est confronté à des carences en nutriments essentiels, il doit les « rationner », ce qui permet aux enzymes essentielles à la survie immédiate et à la capacité de reproduction de continuer à fonctionner au détriment des besoins physiologiques à long terme.

C'est ce qu'il a appelé la théorie du triage. Selon celle-ci, un déficit, même modéré, de ces 41 nutriments essentiels à la santé, même s’il ne provoque pas de symptômes cliniques dans l'immédiat, affecte des fonctions essentielles à la santé à long terme.

Dans des publications récentes, par exemple, son équipe a démontré que de tels compromis peuvent être observés chez les personnes souffrant de carences chroniques, mais légères, en vitamine K et en sélénium (qui sont des composants clés de 16 et 25 enzymes différentes, respectivement). Lorsque forcé de rationner une quantité insuffisante de vitamine K pour son rôle critique dans la coagulation sanguine, le corps produit moins d'enzymes nécessaires pour garder les artères dégagées, ce qui a été lié à des taux plus élevés de mortalité due aux maladies cardiovasculaires.

Ames a précisé au site La Nutrition en 2010 : « Des déficits dans les 7 micronutriments que nous avons examinés à ce jour augmentent les dommages à l’ADN : magnésium, fer, zinc, et vitamines B6, C, B9 et B8. Par ailleurs des déficits même modérés en vitamine B6, magnésium et biotine augmentent le taux de vieillissement cellulaire. Des déficits en folates et vitamine B6 ralentissent le cycle cellulaire. Un déficit en magnésium se traduit par un raccourcissement des télomères. La liste n’est pas exhaustive car il ne s’agit là que des substances que nous avons étudiées. »

Le chercheur met toutefois en garde : « Il est clair que les minéraux ne doivent pas être apportés en excès, qu’il s’agisse du sélénium, du zinc, du fer, du cuivre même du calcium. Idem pour la vitamine A. Notre travail consiste à déterminer ce que sont ces apports adéquats et d’éviter les doses toxiques. »

Les 41 vitamines, minéraux et autres substances de longévité sont les suivants :

Les vitamines

  1. Vitamine A ou rétinol
  2. Vitamine B1 ou thiamine
  3. Vitamine B2 ou riboflavine
  4. Vitamine B3 ou niacine
  5. Vitamine B5 ou acide pantothénique
  6. Vitamine B6 ou pyridoxine
  7. Vitamine B8 ou H ou biotine
  8. Vitamine B9 ou acide folique
  9. Vitamine B12 ou cobalamine
  10. Vitamine C ou acide ascorbique
  11. Vitamine D ou calciférol
  12. Vitamine E ou tocophérol
  13. Vitamine K
  14. Oméga-e d'origine marine

Les minéraux

  1. calcium
  2. Chlorure
  3. Chrome
  4. Cobalt
  5. Choline
  6. Cuivre
  7. Iode
  8. Fer
  9. Magnésium
  10. Molybdène
  11. Phosphore
  12. Potassium
  13. Sélénium
  14. Sodium
  15. Soufre
  16. Zinc

Les 11 composés qu'Ames propose de considérer comme des vitamines

  1. Alpha carotène
  2. Astaxanthine
  3. Bêta-carotène
  4. Bêta cryptoxanthine
  5. Ergothioneine
  6. Lutéine
  7. Lycopène
  8. Pyrroloquinoléine quinone (PQQ)
  9. Queuine
  10. Taurine
  11. Zéaxanthine

Plusieurs vitamines de longévité pourraient être encore à découvrir, estime Ames, car - contrairement aux vitamines dites de survie, comme la vitamine C, qui ont été identifiées parce que nous tombons rapidement malades sans elles - leur identification nécessite une observation à très long terme, car les dommages causés par la privation de ces vitamines sont, par nature, un processus lent et insidieux de vieillissement.

En interview pour le site Inverse, il attribue que sa bonne santé, à l'âge de 90 ans, à la cuisine de style méditerranéen de son épouse d'origine italienne qui a également été professeure à Berkeley.

Pour plus d'informations sur l'alimentation et sur la longévité, voyez les liens plus bas.

Psychomédia avec sources : PNAS, University of California San Francisco, Mercola, Inverse.
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