La procrastination représente un échec de régulation de soi-même qui se produit en raison d'une priorité accordée à la gestion de l'humeur à court terme, argumentent les psychologues Fuschia Sirois de l'Université Bishop (Sherbrooke, Québec) et Timothy Pychyl de l'Université Carleton (Ottawa, Canada).

Comme le souligne le psychologue Joseph Ferrari, auteur de Still Procrastinating: The No Regret Guide to Getting It Done, "tout le monde qui procrastine n'est pas procrastinateur".

Alors qu'il arrive à chacun de repousser indûment une tâche, environ 20% des gens seraient des procrastinateurs chroniques pour qui retarder l'accomplissement de ce qu'ils ont à faire à la maison, au travail (ou dans leurs études) ainsi que dans leurs relations est un mode de vie.

La procrastination, définissent Sirois et Pychyl, consiste à retarder intentionnellement l'accomplissement d'une tâche prévue malgré l'attente de conséquences négatives dans un futur plus ou moins rapproché. Le terme peut désigner l'acte de reporter ou une tendance à reporter (un trait de personnalité).

Le procrastineur chronique répond fréquemment par des délais non nécessaires aux tâches qui sont perçues comme difficiles, aversives ou manquant de récompense immédiate. Des études ont montré une relative stabilité de cette tendance sur une période de 10 ans.

Il a été montré que les personnes qui ont une tendance chronique à procrastiner subissent des conséquences négatives dans une variété de domaines de la vie. Elles auraient tendance à être plus stressées et en moins bonne santé (une partie de ce stress supplémentaire, notamment, serait attribuable aux reproches et critiques que les procrastinateurs s'infligeraient selon une étude menée par Sirois).

Pour Sirois et Pychyl, la procrastination est un échec de régulation de soi-même (autorégulation) qui a beaucoup à voir avec la "réparation de l'humeur à court-terme" et la régulation de l'humeur.

Les procrastinateurs chroniques auraient de la difficulté à composer avec les émotions liés aux tâches aversives, rapportait Pychyl en 2011. Les habiletés dites de pleine conscience leur feraient défaut. Ces dernières incluent la capacité d'être conscient de ses émotions et de ses pensées sans que ces dernières empêchent d'agir selon ses buts et ses intérêts. (Cette capacité d'accepter les expériences internes négatives sans y réagir outre mesure afin de maintenir la capacité d'agir comme souhaité a été appelée flexibilité psychologique.)

Cette priorité accordée à la régulation de l'humeur à court terme, soulignent Sirois et Pychyl, est liée à une déconnection des conséquences négatives futures pour soi (ex. la vaisselle qui sera plus difficile à laver…). Procrastiner est un peu comme dépenser à crédit, commente Pychyl. Le procrastinateur veut de la bonne humeur tout de suite au détriment des possibilités futures.

Cette déconnection avec les conséquences futures est la source des conséquences négatives pour le bien-être et la santé. Des recherches futures devraient éclaircir comment la perspective temporelle des procrastinateurs est liée à leur dynamique de régulation de l'humeur, estiment les chercheurs.

Notons que, comme le mentionne Ferrari, il arrive à tous de reporter indûment des tâches. Chacun met en œuvre une variété de stratégies pour composer avec les tâches aversives et déterminer le meilleur temps pour les accomplir (il est parfois vrai que l'humeur et l'énergie seront meilleures demain…). Et par ailleurs, retarder n'est pas toujours procrastiner (le temps peut aider à parvenir à de meilleures décisions et permettre aux processus de créativité d'opérer…).

Psychomédia avec sources: Fuschia Sirois et Timothy Pychyl, Procrastination and the Priority of Short-Term Mood Regulation: Consequences for Future Self, Wiley Online Library. Fuschia Sirois, Procrastination and Stress: Exploring the Role of Self-compassion, Taylor and Francis Online. Timothy Pychyl, Awareness: A Key Piece in the Procrastination Puzzle, Psychology Today. Timothy Pychyl, Procrastination: Bad Credit on Future Self?, Psychology Today. American Psychiatric Association, Psychology of Procrastination: Why People Put Off Important Tasks Until the Last Minute.