La santé mentale est plus que l'absence de maladie mentale, font valoir des chercheurs en psychologie.

L'OMS définit la santé mentale comme étant « un état de bien-être dans lequel la personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et fructueux et contribuer à la vie de sa communauté ».

Cette définition s'inscrit dans le modèle dit des deux continuums selon lequel la santé mentale est constituée de deux dimensions liées, mais distinctes :

  • la dimension de la santé mentale, qui désigne l'absence ou la présence de à différents degrés de bien-être, correspond à la définition de la santé mentale de l'OMS ;

  • la dimension de la maladie mentale, qui représente l'absence ou la présence à différents degrés de maladie mentale.

Un bien-être élevé et une absence de maladie mentale constituent la « santé mentale globale ou complète ».

La maladie mentale

La maladie mentale est définie selon les critères diagnostiques psychiatriques qui sont réunis dans la classification américaine (DSM-5) et celle de l'OMS (CIM-11).

La santé mentale positive

Les trois composantes de la définition de l'OMS sont (1) le bien-être, (2) le fonctionnement adéquat de la personne et (3) le fonctionnement adéquat dans la communauté.

Le psychologue néerlandais Gerben J. Westerhof et le sociologue américain Corey Keyes ont proposé, en 2010 dans le Journal of Adult Development, une définition détaillée ces trois composantes en se basant sur la recherche en psychologie et en sociologie.

Ils proposent que la santé mentale positive est constituée des trois composantes suivantes :

  1. Le bien-être émotionnel

    Le bien-être émotionnel réfère aux deux aspects suivants :

    • les émotions positives ;

    • la satisfaction par rapport à sa vie.

    Cette composante, aussi appelée bien-être subjectif, correspond à la conception dite hédonique du bien-être ou du bonheur.

  2. Le bien-être psychologique

    Le bien-être psychologique réfère au fonctionnement positif et à l'épanouissement de la personne. Il réfère à la conception dite eudémonique du bien-être. Le concept est apparu dans les années 90 alors que des chercheurs ont voulu élargir le champ de la recherche sur le bonheur au-delà du plaisir et des émotions agréables pour y inclure les notions de réalisation de soi et de fonctionnement optimal.

    Westerhof et Keyes citent le modèle de la psychologue Carol Ryff selon lequel le bien-être psychologique comporte 6 composantes :

    • acceptation de soi : attitude positive et d'acceptation à l'égard des aspects de soi du passé et du présent ;

    • buts dans la vie : objectifs et croyances qui affirment un sens et une direction dans la vie ;

    • autonomie : autodétermination guidée par ses propres normes internes socialement acceptées ;

    • relations positives avec les autres : relations personnelles satisfaisantes dans lesquelles s'expriment l'empathie et l'intimité ;

    • maîtrise de l'environnement : capacité à gérer l'environnement complexe en fonction de ses propres besoins ;

    • croissance personnelle : discernement de son propre potentiel de développement.

  3. Le fonctionnement sociétal positif

    Le fonctionnement sociétal positif inclut, selon un modèle proposé par Keyes, les composantes suivantes :

    • cohérence sociale : capacité de donner un sens à ce qui se passe dans la société ;

    • acceptation sociale : attitude positive envers les autres tout en reconnaissant leurs difficultés ;

    • actualisation sociale : conviction que la communauté a un potentiel et peut évoluer positivement ;

    • contribution sociale : sentiment que ses activités contribuent à la société et sont valorisées par celle-ci ;

    • intégration sociale : sentiment d'appartenance à une communauté.

Des recherches récentes soutiennent le modèle des deux continuums en montrant que de nombreuses personnes obtiennent un score élevé (ou faible) à la fois sur les mesures de maladie mentale et de santé mentale positive. Les recherches ont également montré que, parmi les personnes qui ne souffrent pas d'une maladie mentale, celles qui obtiennent les résultats les plus faibles sur les mesures de la santé mentale positive (personnes dites « languissantes ») sont beaucoup plus susceptibles que celles qui obtiennent les résultats les plus élevés (personnes dites « épanouies ») de connaître des résultats négatifs, tels que des absences au travail et des problèmes de santé. La « langueur » peut prédire plus de dysfonctionnements que la maladie mentale, et la maladie mentale combinée à la langueur peut produire des résultats plus sévères que la maladie mentale seule.

Une analyse récente de ces études, publiée en mars 2020 dans la revue Evidence Base, a identifié 83 études empiriques publiées dans des revues avec comité de lecture qui ont constaté un soutien global pour le pouvoir explicatif supérieur des modèles de santé mentale à double continuum par rapport au modèle bipolaire traditionnel, rapporte le psychologue Noam Shpancer dans Psychology Today.

« Cela signifie que nous devrions consacrer des ressources non seulement à la lutte contre la maladie mentale, mais aussi, comme la psychologie positive le propose à juste titre, à la protection et à l'amélioration de la santé mentale positive », conclut-il.

Pour plus d'informations, voyez les liens plus bas.

Psychomédia avec sources : Journal of Adult Development, Psychology Today, Evidence Base.
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